Ils veulent la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde

La scission de BHV, “Une étape logique” pour certains qui régleraient bien des problèmes.(Ph. Belga / M. Gysens)
Pour certains, cela signifie la fin de la Belgique. Pour d’autres, c’est la seule façon de maintenir l’unité du pays. En périphérie bruxelloise, les avis divergent, mais sans exclure des solutions.
Ils se font connaître grâce à leurs frasques et leurs déclarations tonitruantes, leurs décisions communautaires, communales ou encore leurs points de vue parlementaires. S’ils sont nombreux à siéger en périphérie bruxelloise, certains politiques flamands n’ont pas la pareille pour effrayer les francophones par leurs exigences communautaires et linguistiques. La scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde est pour eux, la dernière structure fédérale belge à entreprendre pour le bien de l’Etat.
Actifs et modérés
Mais qui sont-ils, ces Flamands qui œuvrent pour que cette scission devienne réalité ? En périphérie bruxelloise, les bourgmestres les plus actifs à défendre leur point de vue sont nombreux. Appartenant au cartel CD & V-NVA, citons notamment Éric Van Rompuy, frère de l’intéressé et échevin à Zaventem, Dirk Brankaer, bourgmestre d’Overijse, Lieve Vanlinthout, bourgmestre de Leeuw-Saint-Pierre, Eddy Willems, bourgmestre de Grimbergen ou encore Michel Dooms, bourgmestre de Gooik… Tous sont pour une scission de BHV.
“C’est une étape logique”, clament-ils en chœur, assurant même que les difficultés existantes entre les deux communautés en périphérie trouvent leur origine du côté du FDF, trop désireux apparemment de défendre les droits des francophones. “Si les francophones ont choisi de vivre en Flandre, c’est parce qu’ils le veulent et parce qu’ils aiment la Flandre,déclare le parlementaire VLD Luk Van Biesen, par ailleurs conseiller communal à Crainhem. La périphérie est bien plus agréable à vivre qu’à Bruxelles et ici, ils payent moins de taxes. Voilà pourquoi ils ont décidé de s’installer en Région flamande.”
Des solutions au niveau local
Van Biesen avance cependant des solutions pour tenter de “mieux vivre ensemble”, entre francophones et flamands en périphérie.
Régler la question de l’enseignement, par exemple, sujette à de multiples débats communautaires. “Pourquoi ne pas transférer la gérance des écoles francophones des communes à facilités à la communauté française, suggère-t-il. Les professeurs francophones ne seraient plus subsidiés par la Région flamande et rapporteraient directement à l’organisme francophone. Même chose pour les bibliothèques communales, forcées de disposer 75 % de livres flamands contre 25 % en français. La possibilité existe pour que nous puissions vivre mieux, ensemble.”
Elle est belle, la vie à Wemmel ?
Le flamand Christian Andries, futur bourgmestre de Wemmel, veut le maintien des facilités.
Notre population wemmeloise est assez inquiète de se sentir le dindon de la farce et de ne pas savoir à quelle sauce elle sera mangée, déclare d’emblée le premier échevin et futur bourgmestre de Wemmel. “Pendant les élections communales, certains partis (l’homme fait référence aux francophones d’Intérêts Communaux, NDLR) ont fait le forcing en mettant le BHV et autres problèmes communautaires dans la balance du vote. Mais on n’a toujours pas vu leurs élus invités à Val Duchesse !”
Bref, Christian Andries le soutient toutefois : ce que la population wemmeloise désire par-dessus tout, c’est le maintien des facilités comme nous les connaissons. “Ni rattachement à Bruxelles, ni englobé dans une Flandre qui ne garantit pas la protection des francophones”…
Le succès des activités bilingues
La preuve que le système marche ? Le succès de toutes les activités communales culturelles bilingues organisées à Wemmel, pardi ! L’accueil” vacances” bilingues des plaines de jeux, le nombre de propositions votées unanimement au conseil communal…
Bref, Wemmel semble décidément ressembler au dernier village des Gaulois, d’autant que sur les six communes à facilités de la périphérie bruxelloise, c’est celle qui dénombre le moins de francophones (Environ 60 %).
Un zinneke
“Où va-t-on chercher les 46 % de Flamands qui désirent la fin de la Belgique ? Pas à Wemmel, en tout cas !”, soutient encore Christian Andries. Qui reconnaît toutefois que son “bilinguisme” ne lui procure pas que des amis parmi les Flamands. “Je ne suis pas un bon flamand, nous confie-t-il. Et pour les francophones, je reste un zinneke.”
Quant au bourgmestre en place, Marcel Van Langenhove, il ne lui a malheureusement pas semblé primordial de répondre à nos questions.
Se soumettre à la loi

Pour Stefaan Platteau de Dilbeek, la solution réside dans le respect de la langue flamande.
"Si dans toutes les communes de la périphérie, les choses pouvaient se passer comme à Dilbeek, je vous assure qu’il n’y aurait de problème nulle part !”
Pour Stefaan Platteau, maïeur VLD de Dilbeek depuis 15 ans, cela ne fait aucun doute : si flamands et francophones arrivent à si bien communiquer dans sa commune, c’est parce que la loi est respectée. La loi linguistique, s’entend…
“Le néerlandais est notre langue officielle. Les gens le savent quand ils viennent habiter Dilbeek. Bien entendu, ils parlent la langue qu’ils veulent dans leur intimité, entre eux, au marché ou dans la rue ! Mon système, c’est de faire respecter la loi tout en étant souple et tolérant. Nous avons quatre membres de l’Union des Francophones au conseil communal à Dilbeek. Ils sont malins, intelligents : ils parlent le néerlandais tout en défendant le point de vue des francophones. Vous savez, les problèmes, on ne les a que quand on les cherche. On ne va quand même pas mettre en péril tout un système ! Ici, c’est la Flandre. On ne parle pas néerlandais à Nivelles ou à Wavre. Là-bas, la langue, c’est le français. Je connais un couple à Dilbeek, raconte-t-il encore, dont le mari est Français, et son épouse vient de Mons. Il a appris le néerlandais, mais pas sa femme. Elle ne parle pas un mot de néerlandais. Pensez-vous que cela soit un bon exemple d’intégration ? Quand on arrive dans un pays, la première chose à faire n’est-elle pas d’en apprendre la langue ? Ce qui manque aux Belges, c’est la volonté, tout simplement.”
Contre la scission de BHV
Les extrémistes sont un grand malheur pour les Belges, soutient encore Stefaan Platteau. “Je suis pour le maintien du pays. La Belgique doit continuer à exister. Se bagarrer pour une question de langue, c’est ridicule…”
"Que l’on consulte la population”

Damien Thiéry, préoccupé. (Photo D. B.)
Pour Damien Thiéry, bourgmestre FDF de Linkebeek, un referendum populaire est nécessaire pour décider de l’élargissement de Bruxelles ou de la scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde.
"Aujourd’hui, des négociations sur l’avenir de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvoorde sont en cours en haut lieu, clame Damien Thiéry, maïeur FDF de Linkebeek. Mais aucune analyse n’est faite sur place. Qu’ils viennent comprendre ce qui se passe ici ! Linkebeek est composée de 85 % de francophones. J’invite Leterme à venir faire un tour dans ma commune pour se rendre compte de notre réalité socio-économique.”
Pour Thiéry, l’élargissement de Bruxelles est l’ultime solution pour venir à bout des négociations communautaires. “Et ce n’est pas mission impossible, assure-t-il. Nous pensions déjà en 1963 qu’il était impossible de décider des limites de la Flandre et de la Wallonie, mais on y est arrivés. On y a même inséré des communes à facilités. Aujourd’hui, je n’entrevois une solution que dans l’étendue du bilinguisme autour de Bruxelles. Les mêmes droits doivent être appliqués aussi bien aux Flamands qu’aux francophones pour que la démocratie soit réelle en périphérie bruxelloise. Si les francophones se plient à ce qu’on les oblige à faire, on se rapproche de l’intégrisme. Certains Flamands sont en plein déni de démocratie“, souligne encore le bourgmestre linkebeekois. Qui rappelle que la loi linguistique fait l’objet d’une convention cadre sur le respect des minorités reconnue en Belgique mais pas par les Flamands.
“Et je ne suis pas un francophone extrémiste, rassure-t-il. Je suis pour une égalité totale entre flamands et francophones et jamais je ne dicriminerais un Flamand dans ma commune. J’estime que si l’on décide d’étendre Bruxelles à certaines communes de la périphérie, il est nécessaire de donner la parole à la population, comme un référundum. Le pire qui pourrait arriver, c’est que le parlement fédéral vote la scission électorale et judiciaire de Bruxelles-hal-Vilvoorde. Nous ne pourrions plus nous défendre en français ni voter pour des francophones. Ces conséquences sont inacceptables.”
Les facilités en échange ?
L’idée qui veut que certaines communes à facilités passent sous l’égide de la Région bruxelloise implique que les facilités soient alors inutiles.
Quant aux solutions formulées ci et là pour permettre aux deux communautés de mieux vivre ensemble, elles sont aussi inutiles, à entendre Damien Thiéry. “Soit on change tout, soit on continue avec les facilités sans que celles-ci soient sans cesse freinées par des circulaires en tout genre. Décentraliser le contrôle par la Région flamande sur nos écoles, c’est une chose, mais j’ai bien peur que cette idée s’apparente davantage à un emplâtre sur une jambe de bois…”
La périphérie en péril
“La scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde est un danger pour toutes les communes situées en périphérie bruxelloise. Elle signifie la scission par l’intégration à la Flandre des communes qui ne le souhaitent pas. Ceci est évidemment hors de question !”
Damien Thiéry le martèle haut et fort : les lois flamandes ne sont pas adaptées aux communes
de la périphérie. Pour lui, les frontières linguistiques n’ont pas été tracées
au bon endroit à l’époque de la fédéralisation de l’État en 1963.
L’ultime solution, c’est l’élargissement de Bruxelles et ceci ne fait donc aucun doute pour le bourgmestre de Linkebeek. “Le rattachement des communes à facilités à Bruxelles n’est pas utopique. Cela résoudrait, en outre, le problème économique de Bruxelles qui ne se suffit pas à son propre financement. Toutes les grandes métropoles se sont agrandies, comme Montréal et Paris. Pourquoi pas Bruxelles ?”
S’intégrer ou… déménager
Pour Christian Van Eycken, si l’on accepte la logique flamande, il est impossible de revenir en arrière. La Belgique deviendrait dès lors un pays “résiduaire”.
"Si les nationalistes flamands veulent la scission du pays, qu’ils lâchent Bruxelles.” C’est dans ces mots que s’exprime le FDF Christian Van Eycken, le seul parlementaire francophone présent au parlement flamand. “Ils mettent en péril l’état belge. Beaucoup pensent qu’une scission de l’arrondissement BHV entraînerait une scission de l’état. Mais aucun politique francophone ne souhaite cette scission. Si les négociateurs flamands déposent un projet “confédéral”, c’est le dernier pas vers un état indépendant flamand... Si l’on accepte cette logique flamande, nous ne pourrons pas revenir en arrière. Bruxelles doit donc être étendue à bien plus que les communes à facilités aussi bien pour des raisons économiques, culturelles, sociales et même de mobilité.”
L’homme, actif également à Tervuren au niveau communal, le dit haut et fort : dans les six communes à facilités où les francophones sont majoritaires, les droits des francophones sont bafoués. Mais il n’y a pas une commune plus en danger que l’autre : toutes connaissent les mêmes problèmes. “C’est le même combat pour les communes sans facilités. Overijse, Leeuw-Saint-Pierre, Grimbergen, et même Dilbeek… Certaines autorités communales sont très pointues. À Tervuren notamment, où récemment, le collège échevinal a tenté de s’insurger contre la distribution de Carrefour, le journal des francophones de la périphérie. À Overijse également, on a essayé de l’interdire. La problématique est la même partout dès que les francophones essayent de leur voler un bout de territoire. Ceci est bien entendu une atteinte à la liberté de penser.”
Revenir à une réalité socio-culturelle
“L’exemple des bibliothèques communales est l’un des plus frappants. En périphérie, elles sont tenues de posséder 75 % de livres en néerlandais alors que l’électeur flamand ne représente pas ces 75 %. Ceci ne correspond pas à la réalité culturelle et sociale de la périphérie. À Overijse, encore, on refuse aux francophones de siéger au conseil culturel. Et on ne mentionne pas la problématique des logements sociaux, réservés au néerlandophones d’abord. Mais il est vrai que pour les communes sans facilités, la réalité est encore plus dure pour les francophones. À Grimbergen, à Leeuw-Saint-Pierre, à Gooik…. La proportion de francophones est moindre, mais il faut les défendre comme les autres.”
LUDIVINE NOLF