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Dossier


Le conservatoire royal de Bruxelles tombe en ruine

Un relifting complet est plus que nécessaire. Pourtant, il est toujours utilisé par les conservatoires francophones et néerlandophones. Dans des conditions qui font parfois rougir.

Pas question de déplacer un piano, il pourrait passer à travers le sol.” Ce cri du cœur de Peter Swinnen, le directeur du Conservatoire flamand, résume bien l’état de cet illustre édifice situé rue de la Régence. Les plafonds s’effondrent, la poussière rend dangereuse l’utilisation de l’orgue exceptionnel de Cavaillé-Coll.
On rencontre des problèmes à chaque étage, comme l’insonorisation défectueuse de la splendide salle de concert Second Empire. Dans la bibliothèque qui détient près d’un million de volumes – dont beaucoup sont des documents uniques –, “les conditions de conservation ne sont pas idéales. L es locaux n’ont jamais été achevés”, constate Frédéric de Roos, directeur du Conservatoire francophone.
Le constat est navrant. Ce bâtiment, pourtant classé monument historique, n’a plus reçu de budget d’entretien ou de restauration depuis 1967. Pourtant, l’enseignement y est toujours donné. Le bâtiment, possession de l’Etat fédéral, est partagé entre les Conservatoires flamand et francophone de Bruxelles. Quelque 1 000 étudiants en passent quotidiennement les portes, alors que le bâtiment avait été conçu pour 500 élèves et que, vu l’état des lieux, beaucoup de surfaces sont inutilisables. Des annexes au bâtiment ont donc été disséminées dans Bruxelles, pour parer au manque d’espace. Des conditions pitoyables qui ont un impact sur les étudiants et les professeurs du Conservatoire, dont une bonne part viennent de l’étranger. Pensons seulement aux lauréats du concours Reine Elisabeth !

Une rénovation de fond en comble

Une rénovation en profondeur est donc nécessaire. Depuis deux ans, l’asbl Conservamus milite très activement pour la restauration et la réhabilitation des lieux. Le projet est de doubler la surface actuelle et de lui donner de bons studios insonorisés. Le conservatoire restauré deviendra un outil unique de recherche, de création, de répétition et de représentation musicale. Les travaux, prévus sur huit ans, devraient débuter en 2010. Quarante millions d’euros sont nécessaires pour restaurer la salle de concert et les bâtiments principaux et, rue aux Laines, la bibliothèque et les espaces extérieurs.
L’idée est d’en faire un projet de société : la vitrine nationale et internationale d’un bouillonnement musical. “La Cité de la musique à Paris est pour moi une sorte d’idéal vers lequel tendre”, conclut Frédéric de Roos.


Une des entrées fréquemment utilisées par les élèves et les professeurs... (Ph. D. de H.)

Kaléidoscope musical au Conservatoire
Le 29/10, un concert de gala rassemblera toutes les disciplines des deux conservatoires, à savoir le jazz, l’opéra, la musique baroque, le music-hall et le théâtre. Ce concert marquera le point de départ du projet de rénovation lancé pour sauver le vaste complexe architectural du Conservatoire royal de Bruxelles.
Plus d’informations sur www.conservamus.be


Laure d’Oultremont

CV Express
1813: Le conservatoire est déjà effectif sous l’Empire.

1832: Le conservatoire est fondé officiellement. Il occupe la demeure de la famille Thurn und Taxis et devient la principale école de musique et des arts de la parole.

1872-76: Le conservatoire déménage vers un bâtiment créé par Jean-Pierre Cluysenaar, l’architecte de génie des Galeries royales Saint-Hubert.

1876: Inauguration de la salle de concert par le roi Léopold II. Elle compte 800 places.

1967: Le Conservatoire est séparé en deux institutions linguistiques autonomes : le Conservatoire royal de Bruxelles et le Koninklijk Conservatorium van Brussel. Les deux instances occupent le même bâtiment et travaillent en parfaite collaboration.

2010: Première phase des travaux de rénovation envisagés, pour la partie rue aux Laines et la salle de concert.

 

L’asbl Conservamus : “Nous nous sommes armés de patience et persévérance pour cette rénovation”

Depuis deux ans, l’asbl Conservamus, formée d’une poignée de mélomanes bénévoles, se bat pour réhabiliter le Conservatoire. Rencontre avec Rahim Samii, président de l’association et avocat dans la vie civile.

Pourquoi avoir créé une asbl extérieure pour entreprendre les projets de restauration, alors qu’une volonté commune semble habiter les deux écoles ?
Comme il y a deux utilisateurs différents, qui s’inscrivent dans des organigrammes différents – l’un dépend de la Communauté française, l’autre de la Erasmushogeschool Brussel –, il était difficile de signer des papiers sans devoir remonter aux instances administratives.
Cette asbl permet de simplifier les démarches et d’être un interlocuteur clair.

Quels sont les problèmes majeurs que vous avez rencontrés en deux ans d’existence ?
Le nombre de pouvoirs publics qui ont leur mot à dire sur le dossier est énorme : sept ministres au total. Et bien que tous soient d’accord sur le fond du projet, nous avons beaucoup de mal à mettre tout le monde autour d’une table. Mais nous sommes patients. Nous avons déjà reçu une enveloppe de 4 millions de Beliris, un dixième de ce dont nous avons besoin. S’il le faut, la restauration prendra plus de temps. Et nous allons aussi chercher des subsides du côté du privé.

Quelle est l’urgence numéro un quant à la restauration du bâtiment ?
Ce sont les infrastructures de base, à savoir le toit. Evidemment, ces travaux doivent s’inscrire dans une organisation cohérente.

Quel est, à terme, le but de l’asbl ?
Cette asbl n’est qu’un détonateur pour créer plus tard une SA publique, à l’image de celle du Palais des Beaux-Arts.


La façade du 30 de la rue de la Régence. En activité depuis l’Empire (1813), le Conservatoire royal de Bruxelles a reçu ce titre officiel en 1832. L’arrière a triste mine. (Photos Damienne de Harlez)

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