|
Elle peint les chewing-gums sur les trottoirs, remplit les fontaines de colorant rose, fait suinter d’énormes coulées de peinture d’entre les murs. Album photo d’une Pink Lady aux intentions des plus louables, et petit parcours de ses réalisations par Adrien Grimmeau.
Chewing gum ? Mais bien sûr ! L’installation évoque immanquablement les chiclettes. Et tout en continuant ses coulures roses, notamment sur le beffroi de Thuin, Léopoldine Roux s’attaque maintenant aux vrais chewing-gums qui parsèment nos rues. Comme elle le dit, “le chewing-gum, c’était l’idée du siècle” : au sol, ça ressemble à une tache de peinture, donc le renvoi est immédiat à ses recherches picturales. Et puis, pour une fois, on peut difficilement reprocher à un artiste urbain de salir la ville, puisqu’il transcende des déchets. Comme le dit une femme à son mari en passant à côté d’exemplaires fraîchement peints : “c’est magnifique toutes ces pétales de roses...” Il y a quelque chose de fou à se baisser devant chaque bout de vieille gomme collé à terre pour le peindre. Evidemment, notre Pink Lady en est consciente, et n’hésite pas à se mettre en scène dans Streegumming, un court-métrage filmé par Thomas Gillon en super-8 (un support qu’ils affectionnent particulièrement), dans lequel on la voit rendre progressivement sa couleur à la ville.
 Un cycle d’études à Bruxelles et deux expos plus tard, la voici assimilée à la scène belge. Surtout que Léopoldine Roux ne se limite pas aux galeries : elle envahit aussi la ville avec ses “Urban Paintings”. Le déclic, ce fut de colorer les fontaines de Bruxelles pour le festival Maïs en 2005. En rose. “C’est la seule couleur qui n’existe pas en signalétique urbaine. Du coup, l’œil est attiré”, explique-t-elle. Plus simple à dire qu’à faire, puisqu’il fallut choisir des bassins non poreux qui n’absorberaient pas la couleur, et concevoir un colorant bio pour n’empoisonner ni chien ni enfant... Ici, c’est une œuvre d’Olivier Strebelle, à Courtrai, qui fut réquisitionnée en 2008.
 Passée la dimension ludique d’une fontaine rose, l’interrogation concerne bel et bien les possibilités de la peinture. L’artiste réfléchit toujours sur les limites de son médium, et devient en quelque sorte peintre urbaine. L’étape suivante est franchie un an plus tard, lors de la nouvelle édition de Maïs. Cette fois, le parking de la rue de l’Ecuyer est envahi d’une énorme coulure rose qui semble s’être stabilisée comme par miracle. Pour l’occasion, Léopoldine découvre une matière docile, ultralégère et aux allures expansives qui deviendra sa marque de fabrique. En voyant le “Morphic Gum” de la rue de l’Ecuyer, certains cinéphiles du dimanche pensent au bain dans la pâte à chewing-gum de Rabbi Jacob...(Ph. Léopoldine Roux)
 Au commencement, il y a la peinture. Léopoldine Roux multiplie les expériences durant ses études aux Beaux-Arts de Rennes : monochrome, matière picturale... Jusqu’à ce qu’elle découvre la tache. La goutte de peinture, la couleur que l’on ne contrôle pas. Une grande partie de son univers en découle. Depuis, elle assassine les figures clés de son éducation artistique dans ses “Color Suicides” : remplaçant par une tache le visage de ses référents – ici, Alfred Hitchcock –, elle rend la couleur meurtrière.


La sculpture, on la retrouve durant les expositions de Léopoldine Roux, car tout son travail ne se déroule pas hors des galeries, loin s’en faut. Grâce aux expansions, la peinture quitte son support mural. Comme les “Fontaines roses”, comme les chewing-gums peints, elle profite de ses couleurs vives pour envahir la réalité. D’ailleurs, grâce à la recette qu’elle a mise au point, l’artiste comble de rose des petits interstices qu’elle voit dans la ville. “Et je le ferai encore”, conclut-elle en souriant.(Ph. Céline Vautey)

Toujours en 2009, Léopoldine Roux est la benjamine des artistes invités à occuper le parc du château de Jehay pour son exposition annuelle d’été, cette année sur le thème de la couleur. Choisissant parmi les endroits proposés, elle fait fort – “puisque personne n’en veux, je m’attaque aux douves !” – et installe sur l’eau trois gigantesques blocs évoquant la banquise. L’idée a ceci de téméraire que l’œuvre se confronte directement au château. Mais la légèreté de la démarche, au propre comme au figuré, est payante. Et mine de rien, la peintre évolue progressivement vers la sculpture.

“C’est très facile”, renchérit-elle, “un pot de vernis à ongle suffit. Récemment, j’ai fait des trottoirs à Bruxelles, Hong Kong, Shanghai, Pékin et Paris !” Et elle rêve de s’attaquer à la rue Neuve, en une nuit, histoire de surprendre commerçants et passants au petit matin... En attendant, elle a réalisé cette année une fresque de chewing-gums en toute légalité à Forest. Collaborant avec l’ASBL Accrochages dans le cadre d’un contrat de quartier, elle a travaillé avec les enfants de l’école La Cordée : ils s’y sont tous mis pour mâcher des chewing-gums qu’elle a ensuite collé à terre. Cette fois, l’installation est pérenne.(Ph. B. Maindiaux)

Chewing-gum ? Mais bien sûr ! L’installation évoque immanquablement les chiclets. Et tout en continuant ses coulures roses, notamment sur le beffroi de Thuin, Léopoldine Roux s’attaque maintenant aux vrais chewing-gums qui parsèment nos rues. Comme elle le dit, “le chewing-gum, c’était l’idée du siècle” : au sol, ça ressemble à une tache de peinture, donc le renvoi à ses recherches picturales est immédiat. Et puis, pour une fois, on peut difficilement reprocher à un artiste urbain de salir la ville, puisqu’il transcende des déchets. Comme le dit une femme à son mari en passant à côté d’exemplaires fraîchement peints : “C’est magnifique, tous ces pétales de roses...” Il y a quelque chose de fou à se baisser devant chaque bout de vieille gomme collé à terre pour le peindre. Evidemment, notre Pink Lady en est consciente, et n’hésite pas à se mettre en scène dans “Streegumming”, un court métrage filmé par Thomas Gillon en Super-8 (un support qu’ils affectionnent particulièrement), dans lequel on la voit rendre progressivement sa couleur à la ville. (Ph. Thomas Gillon)

Après le chewing-gum, quel signe pourrait être récupéré par la peintre ? Un élément urbain qui serait aussi immédiat, aussi universel et posséderait une dimension légère et poétique... En ce moment, Léopoldine Roux rêve de libérer une neige colorée dans les rues de New York. Tout en étudiant la faisabilité du projet, elle admet qu’“imaginer l’œuvre, c’est déjà la faire exister”, et laisse tomber des gouttelettes de peinture sur des cartes postales de la Grande Pomme. (Ph. L. Roux)
1979: Léopoldine Roux naît à Lyon.
2002: Diplômée de l'Ecole des Beaux-Arts de Rennes.
2003: S'installe à Bruxelles, où elle vit et travaille depuis. Diplômée de La Cambre.
2004: Collabore avec Recyclart, rencontre le CCNOA.
2005: Conçoit les “ Fontaines roses” à Bruxelles et peint les premiers chewing-gums.
2006: Première coulée de peinture, en façade du parking de l'Ecuyer (festival Maïs).
2007: Résidence à la MAAC et à Kamiyama (Japon).
2008: Voyage à New York.
2009: Résidence Platform China à Pékin, réalise “The Rose Square” à Forest.
|