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Dossier


Le canal, c'est tout un art

Le visage du canal de Bruxelles est en train de changer. A terme, la voie d’eau ne constituera plus une frontière, mais une jonction. Entre la Porte de Ninove et la place Sainctelette sont apparus les premiers signes de la réhabilitation du quartier. L’occasion de se promener le long de l’eau...

Une succession d'une trentaine de moulins à vents colorés longe le canal en surface. Et “Urban Explorer”, écrit en rouge sur un graff de kayak traversant la ville, signe certainement le passage d'un de ces explorateurs urbains.

Ces derniers mois, l'activité culturelle à hauteur de la Porte de Flandre a connu de multiples modifications. L'éditeur La Lettre volée et le CCNOA (Center for contemporary non-objective art) ont déménagé. Kanal 11 et Kanal 20, qui accueillaient plusieurs galeries au boulevard Barthélémy, ont plié bagage, ne laissant que deux survivantes au n°20 : Les Filles du calvaire et la Galerie Sans Titre. Malgré cela, avec les galeries du bout de la rue Dansaert et le musée Vanhaerents à deux pas, l'endroit reste synonyme de vitrine de l'art contemporain.


Vitrine d'art d'un côté, laboratoire de l'autre
Ce qui est symptomatique, c'est que tous les espaces d'expositions se limitent au côté "centre ville" du canal. Et au-delà du pont, se déploient les ateliers d'artistes. Ici, vu la concentration de créateurs, c'est un véritable laboratoire d'art actuel. Hélas, les lieux de recherche sont fermés au public.

On a pourtant bien envie de franchir la grille des anciennes brasseries Belle-Vue, réaffectées aujourd'hui en "souk d'espaces créatifs" comme l'annoncent les gestionnaires. A l'origine du projet, on trouve Wim Embrechts, ex-directeur de Recyclart.

Son initiative, Art2Work, vise à réhabiliter les brasseries en lieu de création, conjointement aux plans de la commune de transformer l'endroit en centre touristique. A côté, la rue du Cheval noir accueille elle aussi des ateliers. Et plus loin sur le canal, IMAL développe l'art numérique (voir encadré).
Pour coordonner l'énergie brassée par toutes ces initiatives, Platform Kanal a vu le jour.

Son but est de favoriser les projets culturels dans le quartier du canal, afin que celui-ci ne soit pas simplement un nouvel exemple de gentrification, mais permette à toutes les classes sociales de se mêler en un réseau mixte.


Le canal, musée spontané
Les traces visibles de la créativité le long du canal sont multiples. Les plus éphémères sont les graffitis. Pour le moment, on peut lire les phrases d'une poétesse urbaine écrites à la craie sur des murs aveugles.

Morceaux choisis : “Comme une fuite en avant, je remplis le vide en courant. Je dégringole de moi-même” (rue des Mariniers) ou “Je pense qu'on est devenus ce qu'on n'aurait surtout pas voulu être, des morceaux de tout ce qu'on ne peut pas admettre” (rue du Cheval noir).

Les graffitis se font plus fréquents le long des murs du canal, sous le niveau de la ville. Là gît un squelette de baleine peint par Bonom ou un banc de poissons blancs. Les tout frais graffs et tags de Twister et Amaze, deux célébrités du graffiti américain, accompagnent probablement une expo actuelle de l'un d'eux en galerie.

Et “Urban Explorer”, écrit en rouge sur un graff de kayak traversant la ville, signe certainement le passage d'un de ces explorateurs urbains qui arpentent les lieux désaffectés de la jungle moderne. Sous nos pieds se propagent donc les signatures de passants d'une autre occupation urbaine...


Hommages à Molenbeek
Plus visibles, les intégrations artistiques qui longent le canal en surface. La plus dynamique d'entre elles est sans conteste la succession d'une trentaine de moulins à vent colorés autour de la Porte de Flandre.

Le projet a uni en 2005 les élèves de l'Athénée royal Serge Creuz et la Maison des cultures de Molenbeek autour de l'idée de l'éolienne, pour rendre hommage au nom de leur commune, étymologiquement "rivière du moulin". L'idée est simple mais s'intègre parfaitement au lieu, qu'elle colore et emplit très efficacement de mouvement.

A ses pieds se déroule depuis peu une seconde installation, Molenbeek Palimpseste. Nous en parlions le mois passé : le plasticien Henri Jacobs a inscrit en alternance de pavés blancs et noirs quelques vers du poète russe Evgueni Bounimovitch, inspirés de ses promenades dans le quartier, et traduits en quatre langues.

Infos : www.art2work.be
www.vanhaerentsartcollection.com www.platformkanal.be


Adrien Grimmeau

Laboratoire d’art très actuel

IMAL (Interactive Media Art Laboratory) existe depuis une décennie, mais son installation le long du canal date de fin 2007. Cet espace de 600 m² accueille résidences d’artistes, rencontres, cours ou performances autour de l’art lié aux nouvelles technologies.

Informatique, médias, télécommunications occupent depuis quelques années une place centrale dans la production artistique, et les réalisations produites par IMAL ont été diffusées partout dans le monde lors de festivals du genre.

En pratique, au 30 du quai des Charbonnages, l’amateur ou le curieux pourront découvrir des performances artistiques gratuites, relayées ensuite sur le site de l’association. Ce 28 avril, trois écoles présenteront une sélection de travaux numériques : la Design & Media Academie (Genk), l’ERG (Bruxelles) et l’ESAPV (Mons).

Toutes les infos sur le site : www.imal.org


Les ponts Art déco du canal

Le pont de la place Sainctelette est connu. Le sculpteur Ernest Wijnants y a créé des allégories masculines et féminines de la richesse portuaire, reconnaissables à leurs attributs tels que poissons, bateaux et cornes d’abondance.

L’œuvre est remarquable par sa stylisation Art déco, et le jeu d’ombres et de lumière créé par le nouvel éclairage nocturne enrichit sa portée expressionniste. Par contre, qui fait attention au pont de la Porte de Flandre ? Seuls deux des quatre piliers originaux subsistent, mais ils valent à eux seuls de s’y arrêter.

Très probablement réalisés par le même Wijnants, ils apparaissent comme typiques de l’expressionnisme. D’un côté, une créature mi-sphinx mi-lion emprunte ses formes aux arts non-européens. De l’autre, Dieu le père présente son fils Jésus qui porte le monde dans sa main.

Les deux sculptures s’intègrent parfaitement dans le bloc de pierre imparti. Toutes les formes sont géométrisées, boucles de barbe ou de crinière, yeux, main de Dieu ou patte du lion. On ne peut que regretter le remplacement des deux derniers piliers par des pierres vierges...

Une créature mi-sphinx, mi-lion.   Le long des murs du canal, sous le niveau de la ville, gît un banc de poissons blancs peint par Bonom.

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