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Dossier


Bruxelles, vue d'ailleurs

Bruxelles, nous, on la connaît, on s’en fait une idée en tout cas, mais les autres ? Les millions d’autres personnes qui viennent la visiter ou pensent à le faire ? Bruxelles vue d’ailleurs, c’est le moyen de prendre le pouls d’une ville en (beau) devenir. Et la meilleure manière, en prenant du large, de voir qu’elle a vraiment du bon, cette ville !

Le Québec inspire la capitale

Philippe Close, président du BITC et échevin du Tourisme à la Ville de Bruxelles, fait le bilan de l’image touristique.

Depuis quelque temps, on a senti quelque chose changer par rapport à l’image de Bruxelles. La capitale est devenue plus “tendance”. Comment l’expliquez-vous ?

Notre image n’était pas “bonne” à une époque, en termes de retombées économiques s’entend. Le tourisme a été longtemps laissé de côté, considéré comme une part pas très importante de l’économie, même si le tourisme d’affaires et de congrès se portait naturellement bien, malgré une réputation de ville un peu “boring”, pas très porteuse en termes de loisirs et d’activités nocturnes.
Alors, par l’intermédiaire du BITC puis avec l’aide du Bureau des Grands Événements, on s’est mis à la relooker. Pour faire vivre cette ville tout le temps, partout. Lui donner une identité plus claire. Car Bruxelles n’est pas une ville évidente au premier abord. Les Plaisirs d’Hiver y ont largement contribué par exemple. Aujourd’hui, cet événement draine 300 à 400 000 touristes. Alors que c’est un événement qui coûte 300 000 € à la Ville et qui en rapporte 2 millions ! Ce faisant, on a donné une identité à la ville, à travers une joie de vivre, une chaleur.

Bruxelles a-t-elle trouvé son image idéale ?

Nous avons travaillé sur différents chemins pour donner à la ville une image de capitale qui bouge, de capitale européenne (par les gens, pas par l’aspect administratif) et de “village” accueillant. Cela a pris quelques années et, aujourd’hui, on sent bien que cela prend. Il y a quelques mois, un article du “Nouvel Obs” parlait de Bruxelles comme d’une ville à l’avant-garde culturelle ! Les efforts en matière de tournage ont aussi porté leurs fruits et Bruxelles est désormais connue par l’audiovisuel. Par rapport à il y a une dizaine d’années, quel changement de perception ! La venue de Michel Drucker sur la Grand-Place était aussi un “coup” fabuleux, qui a rempli de fierté les Bruxellois, même les Belges en général, et qui a eu des répercussions en matière de tourisme et d’image.
Enfin, d’après les enquêtes, ceux qui sont venus à Bruxelles ont aimé et ont envie d’y retourner. C’est très positif, ce sont nos meilleurs ambassadeurs. Mais il y a encore une large part de publics qui ne sont jamais venus et qu’il reste à convaincre. On y travaille ! La construction d’une offre culturelle de qualité en est d’ailleurs une des voies avec, par exemple, le musée Magritte.

Et côté congrès, Square va-t-il booster les chiffres ?

Bruxelles a toujours été une ville de congrès. Mais la rénovation du Palais des Congrès au Mont des Arts et un projet de nouveau Palais des Congrès au Heysel montrent que les autorités se mobilisent pour mieux les accueillir. Avec Square, l’offre est indubitablement plus attirante mais même avant ça, 2007 et 2008 ont été des années exceptionnelles car le travail en amont a porté ses fruits. En 2009, le chiffre d’affaires de ce secteur a baissé de 15 %, étant donné la situation économique mondiale mais 2010 devrait afficher de meilleures couleurs.

Comment a été orchestrée cette volonté politique de développer le tourisme et l’image de Bruxelles ?

En fait, en 2004, je suis allé au Québec et j’ai pu y rencontrer une multitude d’acteurs événementiels, des spectacles surprenants, une animation d’ampleur. Cela a agi comme un vrai déclencheur : le Québec a industrialisé la culture, pour en tirer le maximum ; c’est une façon de voir audacieuse qui a dû faire son chemin chez nous ! Ce faisant, nous nous sommes rendu compte qu’il fallait créer une “cheville ouvrière” à même de développer dans la cohésion des événements attirants qui auront des retombées sur tout Bruxelles et donner des armes au BITC pour mieux séduire l’international. C’est ainsi qu’est né le BGE, un département du BITC, fruit d’une cohésion entre la Ville et la Région, capable d’organiser ou de coordonner toutes les manifestations et événements organisés par ou à la Ville de Bruxelles. Le BGE fonctionne également comme un véritable bureau d’organisation d’événements. Bruxelles-les-Bains et les Plaisirs d’Hiver sont signés BGE.

D’après vous, quelle est l’action de ces dernières années qui a redonné un coup de fouet à Bruxelles ?

Il n’y en a pas une seule mais la plus novatrice et la plus porteuse pour le futur, c’est à mon sens l’action Brusselsmania pour les étudiants Erasmus. Il y a 2 200 étudiants par an à Bruxelles qui rejoignent l’université. A travers Brusselsmania, on leur donne les clés pour entrer dans la ville, une ville jeune, qui bouge et dont ils garderont un souvenir inoubliable. Brusselsmania, c’est un site bourré d’infos pour eux et une grande soirée dès leur arrivée pour les mettre en contact, entre eux et avec les acteurs de la ville, institutionnels et jeunes, comme eux.

On privilégie ici les réseaux sociaux qui marchent à fond, un véritable vecteur de communication.
Un ami qui ne connaît pas Bruxelles vous rend visite. Vous l’emmenez où ?
Il y a des fondamentaux : la Grand-Place par exemple. J’y travaille depuis 10 ans et chaque soir, je suis charmé par l’endroit. Et l’Atomium : voir cette structure de près, même si on l’a déjà vu maintes fois en photo, cela produit un choc. Et je ne manquerais pas de l’emmener dans un bon resto, on peut manger et boire de tout ici!

A quelle ville peut-on comparer Bruxelles ?

Pour les sensations, la mentalité, la simplicité, c’est vraiment Québec qui me semble la plus proche de l’ambiance de la vie bruxelloise. C’est parfois difficile à faire comprendre mais il ne faut pas nécessairement chercher à tout prix à se démarquer… C’est le naturel, l’authenticité d’un événement qui plaisent. Bruxelles trouve ses marques dans cette tendance. Elle pourrait aussi être comparée en termes de chiffres à Vienne et Amsterdam. On a de bons contacts avec ces villes. Et même si on a également des rapports avec des villes comme Paris et Londres, elles sont hors catégorie…

Du haut du musée des Instruments de Musique, Bruxelles s’offre à l’œil des touristes. Un point de vue très apprécié, comme celui de la place Poelaert, recommandé par les centres de tourisme ! (Ph. B. Maindiaux)


 


E.W.

Bruxelles et les touristes
Premier contact

Pour un touriste fraîchement débarqué à Bruxelles et qui n’a aucune idée de ce que la capitale a à lui offrir, la première destination logique sera sans doute l’un des bureaux de l’office de tourisme. La Tribune de Bruxelles a enquêté incognito dans celui de l’Hôtel de Ville sur la Grand-Place.

Une employée du BITC (Bruxelles International Tourisme et Congrès) pose un plan de la ville sur le comptoir. Munie d’un bic noir, elle indique les lieux essentiels à visiter à tout prix si l’on n’a que quelques jours à passer en ville.

“Pour commencer, dit-elle, il suffit de traverser la place pour se rendre à la Maison du Roi. Le musée de la Ville de Bruxelles permet d’avoir une bonne première approche de la ville et de ses habitants.” Dans le même périmètre, elle mentionne évidemment l’indétrônable Manneken-Pis, les galeries Saint-Hubert et la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule.

Pour ce qui est des musées : impossible d’éviter le Centre belge de la Bande dessinée, le musée Magritte et les musées des Beaux-Arts. Légèrement dépitée, mais toujours avec le sourire, elle complète : “Toutefois, Bruxelles compte bien trop de musées pour en faire le tour en seulement quatre jours…” Patiente, peut-être parce qu’il n’y a pas de file d’attente dans le bureau, elle continue : “Le musée des Instruments de Musique vaut le détour, au moins pour admirer le bâtiment Art nouveau, Old England, de l’extérieur. Idem pour le Palais royal ainsi que les grand et petit Sablons, pour les antiquités.”

Sur sa lancée, elle recommande également deux points de vues gratuits : le premier du haut du Cinquantenaire, accessible via le musée de l’Armée et de l’Histoire militaire, et le second de la place Poelaert, devant le palais de Justice. Ensuite, elle entoure la place du Jeu de Balle et ajoute : “Le marché aux puces qui s’y tient de 7h à 14h est très populaire.” Enfin, elle conseille d’aller manger dans le coin de la place Sainte-Catherine et de finir la soirée en terrasse de l’un des bars du quartier Saint-Géry. (N.R., st.)

Au détour d’une ruelle du centre-ville, un groupe d’une dizaine d’étudiants légèrement éméchés m’aborde. L’un d’entre eux me demande si je suis Bruxellois. Je réponds par l’affirmative. Il se retourne et exulte en anglais “I’ve got one.” Ce sont des étudiants Erasmus, et ils comptent sur moi pour passer la soirée en leur compagnie.

Mon interlocuteur principal s’appelle Luigi, il est Italien. Surprise et incompréhension peuvent sans doute se lire sur mon visage car il tente de me rassurer tout de suite. Il m’explique que cela fait maintenant deux mois qu’il est ici et qu’il a rencontré de tout : des Allemands, des Polonais, des Espagnols, des Sud-Américains, des Africains,… mais que c’est bien plus compliqué de dégoter des Bruxellois. Intrigué par cette annonce, je décide de suivre le groupe dans ses pérégrinations nocturnes dans l’espoir d’en apprendre un peu plus.

Luigi poursuit tout en marchant : “Quand on arrive à Bruxelles comme étudiant Erasmus, on est rapidement mis en contact avec toute la communauté liée au programme. Pendant la journée, on suit les cours à l’université, mais se mêler aux étudiants bruxellois n’est pas toujours évident. Cependant, même s’il est plus facile pour chacun de rester de son côté, c’est dommage que cela se passe comme ça.” Et de donner comme exemple : “Le soir, on organise souvent des soupers à tour de rôle, avec des repas typiques en fonction de la nationalité de celui qui reçoit. On y parle toutes les langues, et on fait beaucoup de bruit. Les Belges, quand il y en a, sont sous-représentés…”

Le paradoxe est saisissant : si le programme Erasmus permet effectivement aux étudiants de rencontrer des jeunes venant des quatre coins du monde, les autochtones sont souvent les grands absents de ces rendez-vous internationaux. Pour ma part, cette soirée a été la première d’une longue série, tellement la richesse qui s’en est dégagée ne m’a pas laissé indifférent. (N.R., st.)

Mayte Lapresta et Ana Núñez travaillent pour un magazine espagnol branché, Sobremesa. La Tribune de Bruxelles en a profité pour leur demander ce qu’elles retenaient de leur passage en ville. Elles sont en effet venues à Bruxelles pour écrire un article visant à encourager leurs lecteurs à visiter notre belle capitale.

Mayte commence par comparer Bruxelles à la capitale espagnole : “Bruxelles est une petite ville à côté de Madrid. C’est plutôt une bonne chose parce que tout est à proximité. Il y a beaucoup de restaurants, des magasins de mode,… et les prix sont plus ou moins identiques à ceux pratiqués en Espagne.

Par ailleurs, on y croise plein de cultures différentes, à travers la population et la gastronomie.” (plus de 156 nationalités cohabitent à Bruxelles, Ndlr) Ana l’interrompt et complète : “Sans oublier de nombreux travaux dans les rues…” Mayte reprend : “En fait, actuellement, le city-trip est très à la mode et cette ville répond parfaitement à tous les critères.

Par sa taille, en 3 ou 4 jours, on peut faire le tour du centre-ville et en avoir un bon aperçu.” Sobremesa est un magazine mensuel consacré à la gastronomie et aux vins, il est principalement lu par des hommes, de 30 à 50 ans. Mayte et Ana comptent donner un aperçu de la ville avec quelques bons plans et adresses à ne pas manquer ainsi qu’une liste de restaurants haut de gamme.

Et les lecteurs espagnols devraient être nombreux à avoir l’eau à la bouche selon les deux journalistes qui concluent l’interview, presque en se léchant les babines : “La cuisine est vraiment bonne ici.” Il est 20h30, l’heure d’aller se restaurer. (N.R., st.)

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