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Des assiettes bruxelloises durablement vertes
Les différents restaurants fast-food et autres snacks ne sont pas prêts de disparaître, mais petit à petit le manger “local, propre et de saison” progresse à Bruxelles. Trois mots, trois concepts, et de nombreux paniers verts remplis de légumes mènent le combat pour une alimentation plus juste et durable. Les Groupes d’achat solidaires de l’agriculture paysanne (Gasap) en sont l’avant-garde.
Que cela soit aux permanences de Schaerbeek ou d’Ixelles, ou dans l’une des vingt-huit autres Gasap, l’ambiance est conviviale et bon enfant lorsque, toutes les deux semaines, près de 1 400 Bruxellois s’y rencontrent pour chercher leurs paniers de légumes fraîchement livrés par un maraîcher.
“Ce qui est gai, explique Jean Lazard de Schaerbeek, c’est que j’ai l’impression qu’on fait les courses à ma place, donc je ne dois pas me casser la tête lorsque je suis au supermarché. Et puis, nous avons des surprises dans ces paniers. Aujourd’hui, nous avons des surettes, ce sont des plantes sauvages que le producteur a été cueillir aux alentours.”
Au menu de Jean pour la quinzaine à venir, pas de tomates – ce n’est pas encore la saison. Mais bien des pommes de terre, carottes, radis noirs – attention ça pique –, oignons, choux rouges, panais, potimarron – le petit frère du potiron –, poireaux, ainsi que quelques bouquets d’oseille, de cerfeuil, de claytone de Cuba, ou d’arroche pourpre pour les soupes et salades.
Certains veinards auront même droit à du sirop de fleurs de sureau pour accompagner le verre d’eau des enfants ou l’apéritif au vin blanc qui rime avec beau temps. “C’est excellent”, confirme l’un des maraîchers de la ferme Arc-en-ciel. Derrière ces distributions de paniers, nous trouvons des citoyens, des éco-consommateurs, qui se sont regroupés afin d’acheter directement des produits chez un producteur, avec pour objectif déclaré de soutenir une agriculture paysanne.
Alors que le bio peut être produit de façon industrielle et en monoculture, et bien souvent à des milliers de kilomètres avant d’être acheminé par avion dans nos supermarchés, ces groupes d’achats particuliers préfèrent la proximité et la durabilité des circuits courts de consommation.
Une garantie pour le maraîcher “Ce qui m’importe le plus c’est que tout est local, que ce sont des produits de chez nous parfois oubliés comme le topinambour ou le rutabaga”, résume un membre d’un Gasap.
“Ce que nous avons vraiment envie de défendre, explique Alexandre Dewez – coordinateur du réseau bruxellois des Gasap, c’est une agriculture paysanne avec un certain savoir-faire, une agriculture à échelle humaine et de saison. Derrière tout ça, nous soutenons quelqu’un qui préserve sa terre et la biodiversité de sa ferme. Quelqu’un qui essaye de réduire ses émissions de carbone et qui œuvre pour que le système soit pérenne et tienne la route”.
Contrairement à ce qui se passe dans la grande distribution, où les prix sont bien souvent négociés après livraison de la marchandise, les Gasap s’engagent à l’avance à acheter au minimum un an de récolte auprès du maraîcher. “Ca leur permet de voir venir et de faire les investissements nécessaires. C’est une sorte de prix garanti pour le producteur”, précise Jean Lazard.
Pour le Schaerbeekois, “Le prix, en prime, est tout à fait honnête. Cela équivaut au prix du légume bio au supermarché”. Alexandre Dewez, quant à lui, concède qu'"il faut quand même un certain revenu. Mais nous essayons de faire en sorte que cela puisse être servi dans les cantines scolaires ou distribuer dans des CPAS.”
Petit réseau deviendra grand
“Cela fait maintenant trois ou quatre ans que le réseau vit de manière autogéré et autonome, explique Jean Lazard. A partir d’un groupe, il y a maintenant à Bruxelles trente groupes d’achats solidaires de plus ou moins vingt ménages chacun. Cela veut donc dire que près de 1 400 Bruxellois mangent en grande partie des légumes de petits producteurs belges”, remarque, enthousiaste, Alexandre, autre utilisateur.
Parmi ces producteurs maraîchers : la ferme Arc-en-ciel de Wellin – un précurseur dans la commercialisation de paniers de légumes, la ferme Segers du côté de Grammont, la Ferme de Jambjoule à Rochefort, et la ferme Biochamp d’Ail dans le Hainaut. “Nous savons très bien qu’une ferme dont le mode de production correspond à ce que nous demandons ne permet pas de nourrir des milliers de personnes. Des agriculteurs comme nous les cherchons, malheureusement, il n’y en a pas beaucoup”, explique le coordinateur.
Le manger sain et le plaisir du goût Dans ces circonstances, la liste de 290 ménages qui attendent un panier n’a rien de surprenant. Malgré l’essor du réseau des Gasap à Bruxelles - chaque année de nouveaux groupes sont en effet formés et créés -, cette demande en constante augmentation ne peut être totalement rencontrée. “Bien sûr, la mode du bio joue également là derrière, concède Alexandre Dewez. Mais il y a une tendance générale dans les villes occidentales au manger sainement. Bruxelles ne fait pas exception.
Les gens sont vraiment dégoûtés du supermarché. Avec les Gasap, il y a d’abord une certaine sécurité alimentaire : on sait d’où vient le produit, on sait comment il a été produit. Ensuite, il y a un rapport social autour de l’achat”. Les Gasap c’est tout ça. “Oui mais il ne faut pas non plus oublier l’aspect gustatif des aliments !”, vous diront les habitués.
“Il suffit de goûter une carotte cuite à la vapeur. Elle a un vrai goût de carotte… pas comme celles que l’on trouve dans les grandes surfaces”, s’émerveille Jean Lazard.
A l’image des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) en France, ou de groupes similaires dans d’autres pays, les GASAP ont réintroduit une variété de goûts, de couleurs et d’aspects, pour le plus grand plaisir des yeux, de la bouche et du nez.
Des saveurs anciennes ou quasi disparues, des légumes oubliés et peu commercialisés ont fait leur réapparition dans certaines assiettes bruxelloises. Bon appétit !
www.gasap.be
Nicolas Van Caillie
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