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Dossier


24 h dans un colis de marchandises

Dans la zone cargo de l’aéroport national de Bruxelles, des dizaines d’entreprises s’occupent de tonnes de marchandises qu’elles envoient partout dans le monde. Une activité pleine de rigueur mais aussi d’aventures, à découvrir à travers l’une d’elle : Brucargo Air Freight.

Huit immenses caisses de bois contenant toute la vie d’un diplomate américain en route pour une nouvelle destination exotique, un sac de golf en partance pour l’Afrique du Sud, un petit paquet fragile de 2 kg pour l’Hôtel des Mille Collines, des caisses de médicaments, de valves, de pièces de moteur, de journaux…

Parfois, dans le hangar de Brucargo Air Freight, des colis sont plus spéciaux : ils contiennent des médicaments à mettre en chambre froide mais bloqués par la douane, des souris de laboratoire venant de Chine, des poussins ou même des chiens qui doivent rejoindre leurs maîtres ! Et encore… des dépouilles mortelles, comme ce fut le cas il y a quelques jours : elles étaient en partance pour rejoindre la terre congolaise…

Dans le grand hangar, colis et caisses sont disposés par genre. La semaine débute doucement mais plus on s’approche du week-end, plus l’activité est soutenue ! (Photos B. Maindiaux)

La valse mondiale des colis, cela fait tourner le monde ! Et plus il tourne vite, mieux c’est pour Jean Leclercq et Isabelle Nicolay qui dirigent ensemble, depuis plus de 20 ans, une société d’affrètement aérien.
Dans la zone cargo de l’aéroport national de Bruxelles, elles sont 80 à s’occuper de fret, avec chacune leurs spécificités. Brucargo Air Freight y tire son épingle du jeu puisqu’elle se place en 13e position en terme de chiffre d’affaires. Brucargo Air Freight peut aussi se vanter d’avoir remporté six fois de suite l’Award du meilleur transporteur de l’année, attribué, depuis 2002, par SN Brussels Airlines à son client le plus important. 50 à 60 % de son trafic s’effectuent en fait vers l’Afrique orientale, des destinations desservies par les vols réguliers de Brussels Airlines.
Mais qu’ont à voir les vols de passagers avec les transports de marchandises ? En fait, on le sait peu mais de nombreuses tonnes de fret prennent les vols réguliers qui sont rarement remplis à 100 % avec les bagages des passagers. L’avantage est d’arriver encore plus vite à destination par rapport aux avions cargo à la rotation moins importante.
Bien sûr, les marchandises dépassant 1,60 m de haut (ne pouvant entrer dans la soute des avions de passagers), les marchandises dangereuses ou inflammables ou devant être expédiées vers des destinations non desservies par Brussels Airlines prennent les avions cargo.

L’aventure, c’est l’aventure !

Un autre aspect essentiel pour la société est d’avoir une équipe soudée et un personnel de qualité. “Nous avons une très bonne équipe de personnes rodées, car c’est un travail très prenant : on traite une trentaine de dossiers en même temps par jour, il faut savoir doser son temps, résoudre le problème le plus urgent en premier, gérer les priorités, etc. !”
La société aurait pu s’agrandir mais les patrons ont préféré privilégier la taille humaine et le rapport personnalisé aux clients. “Qui n’existe quasiment pas dans les grandes sociétés mondiales.”

C’est au milieu des années 80 que le courrier express et le fret aérien se sont considérablement développés et professionnalisés. Avec le développement d’internet, des mails, de l’IT en général, les progrès ont été fulgurants. “Il y a de plus en plus de transparence dans le fret”, explique Isabelle Nicolay. “Avant un colis mettait deux à quatre jours à arriver à destination, il était difficile de le localiser durant son voyage. Maintenant, tout est suivi en temps réel. On a toujours plus d’infos. Et c’est utile pour nous, pour les clients et pour les douanes aussi : les formalités prennent bien moins de temps qu’avant. Les délais sont très courts de porte à porte ; pour le courrier express, c’est flagrant”.

Les yeux pétillants, Isabelle Nicolay poursuit : “Pourtant… notre métier, c’est encore et toujours l’aventure ! En fait, il faut à chaque fois s’adapter aux réalités locales tout en travaillant dans le cadre de normes européennes. Un défi quotidien !”


E.W.

Une société qui tourne vite… et bien

Après deux années de travail acharné pour lancer sa société, les affaires de Jean Leclercq commencent à bien se porter à la veille de 1990. Son épouse, Isabelle Nicolay le rejoint.

Cette femme décidée et entrepreneuse dans l’âme a une passion : le courrier express. Elle a effectué ses stages d’étudiante dans le fret aérien et a même fait son mémoire sur le sujet ! A côté du transport de fret, elle va lancer une branche courrier express et persuade également son directeur de mari d’embaucher : il faut grandir pour être meilleur parfois… Lui qui travaillait avec l’aide d’une seule secrétaire embauche alors une dizaine de personnes.

Avec les événements dramatiques aux Rwanda (la guerre en 1994 et le génocide en 1994), la société ouvre d’autres destinations, tout en gardant sa spécialité : les expéditions vers Kigali, Bujumbura, Bukavu, Goma,…)

Aujourd’hui, ils sont 14 à travailler sur place mais la société a des agents partout dans le monde. Certains sont sur le pay-roll de Brucargo Air Freight, d’autres collaborent quand on a besoin d’eux, une pratique courante dans le monde des transporteurs grâce à leur adhésion à des réseaux mondiaux d’agents qui travaillent en sous-traitance.
“La sous-traitance est d’ailleurs essentielle dans notre secteur. Le patron, c’est le client ! Nous sommes à même de lui fournir la prestation voulue, sur-mesure, grâce à nos contacts avec d’autres sociétés de transports ou de services. De même, nous pouvons prendre en sous-traitance des marchandises à acheminer en Afrique pour Fedex par exemple, puisque nous y sommes mieux représentés qu’elle”, explique Jean Leclercq. Ce qui implique de transporter tout et n’importe quoi (de légal) dans le monde entier.

Brucargo Air Freight peut “tout faire” : réceptionner un colis sur la zone cargo de Bruxelles-National, aller chercher une marchandise à un endroit voulu pour la réexpédier jusqu’à son pays de destination finale. Là, cette même marchandise peut être stockée pour être enlevée par le client qui s’occupera de lui faire passer la douane, ou la société peut s’occuper des formalités douanières pour lui ou encore amener le colis à telle adresse précise. “On est une sorte d’agence de voyages pour marchandises nécessitant une prestation de fret aérien !”, résume Jean Leclercq.

Aider les gens
Bien sûr, le traçage est de plus en plus précis et la sécurité aussi : tout est noté, étiqueté, informatisé et chaque marchandise peut être localisée en temps réel.
Alors dans cet immense chassé-croisé, rien ne se perd ou presque ! “En trois ans, on a peut-être perdu deux colis”. “Par contre, on doit, de temps à autre, pister certains d’entre eux qui ont subi des erreurs d’aiguillage ou encore on voit revenir plusieurs fois une marchandise avant qu’elle n’embarque enfin avec tous ses papiers en ordre ! Cela a été le cas, pas de chance avec un mât de voilier de 20 m de long ! Chaque jour, il partait vers l’aéroport, chaque fois il revenait ; on devait sans cesse le débarquer pour le réembarquer, pas pratique avec sa taille !”, se souvient Anne Leytens, qui assure notamment toute la coordination et le suivi des colis.

Parfois, la douane débarque, parfois elle appelle pour demander de ne pas envoyer une marchandise, parfois les employés de Brucargo Air Freight découvrent que les marchandises à transporter ont été volées et remplacées par des cailloux, que des peaux de bête sont roulées dans les vêtements de colis personnels…

Même si dans la grande majorité des cas, tout se passe normalement. “Nous avons une énorme clientèle de passage, mais pour le fret commercial, nous travaillons souvent avec des PME avec qui nous avons des rapports réguliers. Pour chacun nous avons le même souci de la marchandise. Parce que cela peut sembler amusant mais nous avons vraiment le sentiment d’aider les gens dans leur vie de tous les jours en faisant arriver toutes ces marchandises utiles à bon port”, conclut Jean Leclercq.

(Photos B. Maindiaux)

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