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Mbote na yo Congo,
bonjour Bruxelles
Depuis lundi, les deux capitales situées sur deux continents différents sont en liaison directe grâce à deux écrans géants équipés de webcams. En marge des fêtes du demi-siècle d’indépendance de la RDC, on se hèle, on débat, on tchatche à même le trottoir. Fête au(x) pays !
A la sortie du métro Porte de Namur, square du Bastion aux pieds du gratte-ciel du même nom, un écran géant 5 x 7 m avec webcam relie depuis ce lundi 28 juin Bruxelles et Kinshasa en direct, de 9 à 19h, pendant une semaine complète ! A Kinshasa, la même toile blanche animée a été dressée sur l’ancienne “place Braconnier” ou des Anciennes Galeries présidentielles, face aux grilles de l’ambassade belge. Kin et Bruxelles, de part et d’autre sur le trottoir d’en face. Magique. But de la manœuvre initiée par l’ingénieur kinois Junior Lomama et l’asbl Etnik (centre Dansaert) de Serge Mpatha, favorisant, de Bruxelles, le dialogue et l’intégration culturelle ? Faire la fête bien sûr mais aussi offrir un voyage culturel à bon compte aux populations des deux capitales situées sur deux continents différents. En leur proposant de babeler en temps réel et de briser certaines lances. De celles qui font croire à certains Kinois qu’il coule lait et or dans les veines des Bruxellois ou, pour ces derniers, qu’il ne règne que chaos et désordre dans la métropole d’ébène aux 10 millions d’âmes.
Ici Kin ! Ici Bruxelles ! De 17 à 18h chaque jour, les animations en duplex s(er)ont légion sur le podium en marge des conversations sans débourser liard entre Bruxellois, Belges, Kinois, Congolais et touristes de passage. Pas de retransmission prévue, pourtant, ce mercredi 30 juin, pour ne pas distraire la bonne tenue live des commémorations du demi-siècle d’indépendance de l’ex-Congo belge. Avec présence royale assurée. Dès ce mardi 29, par contre, place aux échanges nourris entre tourisme et sport. Manneken Pis et Kin tchatcheront en compagnie du basketteur Duke Tshomba (Bruxelles), le champion de catch – sport très populaire en RDC – Kekuama (à Kin), des officiels d’ici et de l’Unesco, le tout rythmé sur les pas de danse du groupe Malaika. On annonce aussi la venue de Werrason, sans date précise. Le “fou noir au pays des blancs”, l’écrivain et conteur Pie Tshibanda né à Kolwezi et installé en Belgique depuis 1995 sera de tous les échanges concernant les relations entrepreneuriales, jeudi 1er juillet. Entre défilés croisés des artisans, des rois de la fringue et de la sape (sapeurs) et l’association d’artistes-peintres Africart (à Kin). A l’entame du premier week-end des grandes vacances 2010, ce sera le tour, avant transhumances, des institutions belges, congolaises et européennes. Objectifs du millénaire, enseignement et santé, art et culture occuperont micros et écrans le week-end des 3 et 4 /7, suspendant d’autant l’envol des juillettistes. Revenue orner l’entrée de la chaussée d’Ixelles depuis peu, la fresque de Cheri Bamba s’en retournera alors à son cœur de métier : signaler le seuil de Matonge-Ixelles poétiquement baptisé Porte de l’Amour.
Infos : www.bonjour-event.com et www.etniklab.com
Indépendance cha cha Avec spiritualités et foot, la musique fait la joie durable des Congolais. Le 30 juin 1960 s’est évidemment traduit en chanson. L’hymne Indépendance cha cha fut pourtant écrit à Bruxelles. Ses notes swinguées retentirent pour la première fois comme une bombe dans la salle des fêtes de l’hôtel Plaza, boulevard Anspach. Pendant que les délégations réglaient détails et timing de l’indépendance à la Table ronde (janvier-février 60). Père patenté du tube panafricain : le Congolais Joseph Kabasele -surnommé Kallé Jeff- et son groupe légendaire African Jazz. Aux percussions : Charlie Henault, seul blanc du band. Lequel jouait aussi dans un quartette des hôtels Sabena de Kin, Lubumbashi et Kisangani. Toujours en vie, le Namurois octogénaire fut un baroudeur : il éclusa force bières avec Patrice Lumumba, leader noir des indépendantistes dézingué par ultras et barbouzes belges ; avec le révérend Cornet, il fut aussi le chauffeur de La Récolte nationale, vaste “collecte” de pièces d’art ethnique pour compte de Mobutu, président-dictateur-fondateur de la Zaïrianisation.
Noble Congo ! Ô mère chérie… Ces semaines-ci, vous entendrez fredonner Indépendance cha cha partout. Vous joindre aux c(h)œurs déchaînés ? Simplissime : Indépendance cha cha tozui e Oh ! Kimpuanza cha cha tubakidi Oh ! Table ronde cha cha babagné o Oh ! Dipanda cha cha tozui e L’indépendance cha cha, nous l’avons conquise Oh ! L’indépendance cha cha, nous l’avons obtenue Oh ! La Table ronde cha cha, ils l’ont remporté Oh ! L’indépendance cha cha, nous l’avons conquise.
Festival d’indépendants Cet été 2010, en fanfare, le continent Afrique célèbre le cinquantenaire de l’indépendance du Congo mais aussi de 16 autres Etats. Par exemple, du Sénégal ; ou encore de Madagascar, de la Mauritanie et du Gabon. Musée royal de l’Afrique centrale (Tervuren) et Palais des Beaux-Arts de Bruxelles vibrent à l’unisson à cette émancipation collective. Pendant 4 mois, le duo culturel ouvre ses outils respectifs au festival ‘plateforme’ Afrique visionnaire. Arts de la scène et ethnographie recontextualisée, photo, 7e art, débats, cuisines, etc. Et même football avec l’intégrale du Mondial sur écran jusqu’à la finale du 11 juillet.
Rens. : www.bozar.be et www.africamusem.be
Rayon musique Bozar convoque un mois de sons purement congolais. D’abord, une journée gospel avec la crème des chorales africaines du genre de Belgique et un groupe du Congo (10/7). Les festivités démarrent dans la Galerie d’Ixelles à Matonge (13h). Puis, la grande Fanfare kimbanguiste rameute la foule en parcours-cortège rythmé jusqu’à Bozar pour la série de concerts (gratuite jusqu’à 18h) ; ensuite, les 9, 10 et 11/7 (23h), 17/7 (21 h) et 18/7 (17h) dans le Hall Horta, cinq concerts gratuits de rumba congolaise acoustique avec notamment Papa Noël et Josky ; en apothéose, le grand show anniversaire de l’indépendance de la RDC (16/7). Ce mercredi 30/6, un concert historique réunira en effet les plus grands musiciens de la patrie RDC à Kin : Papa Wemba, Werrason et tutti quanti. Rumba, soukouss et ndombolo enfiévrés fêteront, sur scène, la date-anniversaire officielle. Toute cette troupe rejoindra Bruxelles le 16 juillet, pour y jouer un bis repetita en exclusivité européenne.
Philippe Golard
Lieux de pouvoir De 1885 à 1908, l’Etat indépendant du Congo (EIC) fut la propriété personnelle du Roi à 96 %. Puis, ce fut la remise forcée à l’Etat belge “pour prix de la politique des mains coupées, punissant ainsi tout noir qui ne ramenait pas son quota de matières premières”, rappelle Lucas Catherine : bois tropicaux, ivoire, latex (caoutchouc naturel pour pneumatiques de voitures et vélos), huile de palme, fruits, minerais précieux et diamants. Léopold II n’avait qu’à sortir discrètement de son palais côté jardin, pour rencontrer ses lieutenants et obligés en pleine conquête du Congo. En effet, les QG successifs de l’EIC, du Ministère des Colonies, des banques et sièges pratiquant exploitations diverses ou grands travaux au Congo belge occupaient les quartiers de Bréderode et de la Porte de Namur. Laquelle ouvre aujourd’hui sur le plus grand quartier noir d’Europe : Matonge d’Ixelles. L’un de ces QG de l’Etat “léopoldien” -comprenant aussi 2 colonies… louées aux Britanniques : Lado et Wadelei ; actuelles provinces soudanaises- fut l’étrange pavillon norvégien Knudsen en ossature bois. On peut encore le voir, à l’arrière du palais d’Albert II. Signe de reconnaissance ? Dans la façade, à côté d’une des fenêtres lambrissées art déco normand, un octogone contient une ellipse ; une étoile dorée figure au centre. Elle rappelle la bannière de l’Etat indépendant du Congo : un drapeau bleu flanqué d’une étoile au milieu.
Y’a bon Banania Ceux qui eurent des culottes courtes dans l’entre-deux-guerres et lors des Trentes Glorieuses (1945-75) connaissent tous la pub Y’a bon Banania. Elle renvoie à l’ancêtre des corn-flakes, mélange de féculent de banane, d’eau et de sucre, petit-déjeuner plutôt énergétique d’alors. La raison en est simple : “les premiers temps, il n’existait pas de transports frigorifiques pour acheminer les bananes congolaises en Belgique. On les transformait donc en Banania. Par la suite, elles arriveront encore vertes à Anvers, puis iront en mûrisseries à Bruxelles par le canal Rupel-Charleroi.” Situés près des quais bordant la place Sainte-Catherine, remblayés depuis, ces entrepôts formaient le “quartier des bananes”. De vastes espaces où faire mûrir le seul fruit alors réellement exotique parvenant chez nous. A ces époques, la plupart des tables belges ne connaissaient que l’orange,… friandise de Noël ! Levez les yeux : coin de la rue Dansaert et du Vieux Marché aux Grains, l’immeuble GFK – initiales d’une famille importatrice -, arbore de magnifiques fresques en pierre de sable émaillé représentant des plantations. Elles couvraient là-bas 18 000 ha. Idem avenue d’Ypres et au 31 du Nouveau Marché aux Grains, siège de la cie Van Damme
Cacao colonial Dans le patrimoine affectif des Belges lié au Congo figure la miraculeuse fève, ingrédient cardinal des meilleurs chocolats. Leur forte teneur en beurre de cacao rendait ces nectars plus amers, goût recherché des gourmets. Le cacaotier est d’origine latino. Les Anglais l’importèrent en Afrique centrale. Les premiers plants parvinrent ainsi au Mayombe, au nord de l’embouchure du Congo, via la Gold Cost du Ghana. Un surnom qui resservit au plus connu de tous nos chocolats : le Côte d’or, dont l’emblème était l’éléphant. On retrouve ce thème notamment dans l’une des plus belles salles de cinéma de la ville renvoyant à cet eldorado perdu, place De Brouckere dans l’actuel complexe UGC. Les fabricants chocolatiers rivalisaient d’ingéniosité, d’Anvers (Meurisse) à Verviers (Jacques) et Bruxelles (Côte d’or). La célèbre marque à l’éléphant posséda d’abord un petit artisanat, rue des Palais à Schaerbeek. Elle déménagea pour la rue Bara, gare du Midi. Là, une odeur de chocolat s’emparait de chaque voyageur débarquant d’un train. Sur les boulevards du centre comme Anspach, Leonidas (nom de famille : Kestekides) vendait ses pralines “en inaugurant des comptoirs ouverts sur la rue. On les mangeait sur le trottoir comme des frites.”
Safari dans les rues bruxelloises
Notre passé colonial vit encore au travers de plaques de rue, de monuments, de bâtiments, du petit patrimoine. Autant de traces d’une singulière épopée qui lia, de 1885 à 1960, nos deux pays pour le meilleur et souvent le pire. Le Bruxellois Lucas Catherine les a inventoriées. En bonne partie, Bruxelles doit sa physionomie de capitale aérée à la mise en coupe réglée du Congo pendant 75 ans. Le roi bâtisseur Léopold II et d’autres ont consacré des… centaines de millions € (actualisés) à de grands travaux urbanistiques : boulevards, très larges avenues arborées, jardins publics, bâtis phares comme Cinquantenaire ou basilique panthéon de Koekelberg. “Ces entreprises royales doivent beaucoup aux larmes, à la sueur et au sang des Noirs, qui financèrent au prix fort ces travaux pharaoniques”, relève Lucas Catherine, retraité de la VRT et auteur d’ouvrages sur le sujet. Dont Wandelen naar Congo (EPO), où le flamand bruxellois dresse l’inventaire des traces de notre passé colonial de Dalhem-Verviers ou Grammont et Ostende à notre capitale. La maison d’édition libertaire Aden (rue Bréart, 44 – 1060 Saint-Gilles, www.aden.be) vient tout juste d’en traduire la partie surtout bruxelloise. Pour en faire un livre promenade. Que l’écrivain habite ici ou ailleurs -Khartoum, Rabat, Dar es Salam-, Catherine commence en effet “toujours par respirer l’atmosphère autour de ma nouvelle adresse, en m’intéressant à la signification des noms de rues, monuments locaux, etc. Ainsi, tout ce qui a un peu de cachet à Bruxelles, c’est généralement Léopold II. Les Bruxellois en profitent encore tous les jours, notamment dans les grands parcs publics. J’en fais des livres parce que je veux qu’on soit plus conscient du prix réel payé pour tout ça.” (Ph. G.)
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