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Longtemps ignorée des dessinateurs, la ville apparaît de plus
en plus dans les bandes dessinées. Un juste retour des choses.
Au détour d’une page de Blake et Mortimer, la silhouette d’un bâtiment familier. C’est la tour-horloge de la gare du Midi. Soit on en reste là, avec cette petite fierté d’avoir reconnu sa ville dans les pages d’une BD… Soit on se lance à la recherche de cas similaires, comme l’a fait Thibaut Vandorselaer. Pendant un an, ce Bruxellois a fouillé les collections du Centre belge de la Bande dessinée. “J’ai relevé environ 40 albums dont le décor est le pentagone ! Et cela m’a donné l’idée de créer un guide reprenant les vignettes sur Bruxelles pour faire découvrir le centre-ville et son patrimoine autrement.” Ainsi est né Bruxelles dans la BD, la BD dans Bruxelles (*) , paru l’an dernier.
De Ric Hochet à Vaillant Ce livre permet de comparer la réalité aux représentations dessinées. Et témoigne d’un juste retour des choses : après avoir été le berceau de la BD franco-belge, Bruxelles fait son entrée dans les cases. Même si les auteurs ont tardé à valoriser leur propre ville. “Longtemps, ils ont masqué Bruxelles. Comme Hergé qui montre un marché aux puces dans Le secret de la Licorne sans qu’on puisse identifier celui du Jeu de Balle, même si on devine que c’est bien lui. Aujourd’hui, il y a une détente. Bruxelles a évolué, et mettre la ville en évidence, ou lui faire un clin d’oeil par une représentation dans un album, semble devenir un plaisir.” Au fil des cases, Ric Hochet, Nero, Victor Sackville, Barelli, Gord, Michel Vaillant, Bob et Bobette, Bob Morane et d’autres foulent les pavés de la capitale. Le lieu le plus représenté ? Le palais de Justice, avant la Grand-Place. “Beaucoup d’albums l’utilisent car ils traitent de la justice.” Hors centre-ville, les quartiers fréquemment dessinés sont ceux du Cinquantenaire, du Heysel avec l’Atomium, de l’Observatoire d’Uccle… Pas ou peu d’Otan et d’institutions européennes car “les dessinateurs s’immiscent peu dans la politique. Sauf Bucquoy.” Thibaut Vandorselaer relève aussi une différence “linguistique” : les dessinateurs néerlandophones jouent plus sur l’humour, tandis que les francophones sont “très exacts dans leurs dessins du patrimoine”. Cette précision permet de voir l’évolution de la ville. Exemple : la place De Brouckère d’hier avec sa fontaine dans Gertrude au pays des Belges, celle du temps de la tour Rogier dans Les aventures de Barelli : Bruxelles bouillonne, etc. Généralement, la vision de Bruxelles est réaliste. Même si Gord de Franz montre une ville ravagée. Et Brüsel de Schuiten lance un avertissement... S.M. (*) Edité en trois langues, le guide présente, pour chaque étape de la balade, la reproduction d’une vignette ou d’une fresque, une biographie du dessinateur et un résumé de l’album concernés. INFO: le 5/3 à 16h à la Foire du livre, Thibaut Vandorselaer aborde la question des aventures des héros de BD dans Bruxelles. Photos : Bénédicte Maindiaux, Christophe Bortels et DR.
S.M.
PRATIQUE
L’aventure à la Foire ■ S’il est un événement incontournable pour les éditeurs bruxellois, c’est bien la Foire du livre de Bruxelles. Après plusieurs années passées dans les sous-sols des Pyramides Rogier et du palais des Congrès, et une incursion au Heysel, elle s’installe sur le très en vogue site de Tour & Taxis, au bord du canal. Elle y occupe 10500m², répartis entre 133 exposants. Pour cette 35e édition, la Foire accueille près de 600 auteurs, et ce sont 1200 éditeurs qui y sont représentés. ■ Le thème de cette année est l’aventure. Elle est imaginaire avec le grand invité qu’est l’écrivain britannique William Boyd, auteur de “Brazzaville plage” ou de “À livre ouvert”. Via les débats, rencontres et autres événements, le thème se décline aussi sous la forme des aventures éditoriale, démocratique (avec la Belgique en question), scientifique, sensorielle, individuelle (via les biographies) ou encore de la langue (grâce à la présence d’auteurs néerlandophones).
Où et quand? ■ Sur le site de Tour & Taxis. Entrée via l’avenue du Port, à Bruxelles. ■ Dates: du mercredi 2 au dimanche 6/3 mars, de 10h à 19h (jusqu’à 23h le 3/3). ■ Des navettes gratuites en bus sont organisées entre le site et la gare du Nord, la place Rogier et la station Yser. ■ Tarif : 7€ (réductions à 3 et 4€; gratuit pour les enfants de moins de 6 ans). ■ Le programme des événements, expos, séances de dédicace, débats, est repris sur www.foiredulivre.com.
Bruxelles des auteurs… à vélo ■ Il est possible de se rendre à la Foire du livre à vélo grâce aux itinéraires de Provelo. L’association organise également plusieurs balades à deux-roues en compagnie d’auteurs. Objectif : découvrir leur Bruxelles. Ceux qui se plieront au jeu sont Jean-Baptiste Baronian (“Papillons noirs”) le 5/3, Stefan Liberski le 5/3, Nicolas Ancion (“Le Dortoir”) le 6/3, et Xavier Deutsch le 6/3. ■ Info : 02/5027355 www.provelo.org.
Hommage à Hugo Pratt S’il est un auteur aventurier, c’est bien Hugo Pratt. Il n’y a qu’à replonger dans un de ses “Corto Maltese” pour s’en assurer! Cette 35e édition de la Foire rend hommage à l’auteur italien des “Scorpions du Désert” : l’exposition “La Trace du scorpion” permet de remonter la piste africaine suivie par ses personnages, au travers des aquarelles, croquis et planches originales. Ceux-ci sont encadrés par les photos de Marco d’Anna et les dessins de Pierre Wazem réalisés lors des repérages en Ethiopie pour la préparation du nouvel épisode de la série, intitulé “Le Chemin de Fièvre”.
Carrément BD Une autre exposition de la Foire est consacrée à la récente collection “Carrément BD”, de Glénat. En 5 ans, elle a vu naître 25 titres. Tous au format inhabituel du carré : c’est là que réside le défi lancé aux auteurs qui doivent réfléchir autrement le découpage de leurs histoires. Cette exposition rassemble une cinquantaine d’originaux d’auteurs comme Beuzelin, Boccar, Cornette, Dubois, Dutreuil, Gorski, Hippolyte, Hulet, Moynot, Pompetti, etc.
Les cases en débat Parmi les nombreux débats, plusieurs parlent de la BD. ■ L’aventure spirituelle et religieuse. 2/3 - 16h30. ■ L’altermondialisme en BD: humour ou profession de foi ? 3/3 - 16h30. ■ L’aventure de l’humour en BD. 3/3 - 18h. ■ BD indépendante: comment survivre ? 4/3 - 15h. ■ Gil St-André, un nouveau maître de l’aventure. 4/3 - 17h. ■ India Dreams: l’aventure de la BD en couple. 5/3 - 11h. ■ Yslaire : du Vingtième Ciel (Humanos) à Sambre (Glénat) et inversement. 5/3 - 12h45. ■ Manga: la grande menace ou la chance du renouvellement? 5/3 - 14h30. ■ Chantal Montellier, retour en force. 6/3 - 11h30. ■ Pratt, dix ans après, les Scorpions du Désert revivent. 6/3 - 15h. ■ Musique et bande dessinée. 6/3 - 16h. ■ De la SF dans votre assiette. 6/3 - 13h.
Tintin dans la ville Il est un héros de BD éminemment bruxellois : Tintin, reporter au “Petit Vingtième” qui est le supplément pour la jeunesse d’un vrai quotidien bruxellois, “Le XXe siècle”. Si Hergé fait partie de ces auteurs qui ont eu tendance à masquer Bruxelles (lire en p.) et ne jamais la nommer explicitement, on surprend tout de même son héros devant des hauts lieux de la capitale : il arrive gare du Nord (l’ancienne) en 1930 à son retour du pays des Soviets, il passe par le musée africain de Tervueren, ou court à l’Observatoire d’Uccle quand une météorite se fait menaçante. Cette présence de Tintin dans la cité avait été au centre d’une exposition aux Halles Saint-Géry lors des 75 ans du héros. Le catalogue intitulé “Tintin dans la ville” est toujours en vente dans les librairies. I NFO: www.tintin.com
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