logo tbx La Tribune de Bruxelles

Dossier


Spécial 175-25

Beau doublé de compromis historique, ce 175-25. Mais un demi-siècle européen a négligé la ville à vivre et qui bruxellait.

Société civile pour l’embellissement de Bruxelles. Fondation : 1837. Motif : créer le Quartier Léopold (de Léopold 1er), soit 75 hectares de friches qui deviendront 75 hectares de maisons de maître, de jardins en quadrilatère, de squares et d’allées cavalières. Il s’agissait d’installer la capitale d’un État naissant. Embellissement. À la vision d’un document cinématographique sur le Quartier Léopold d’antan, un commissaire européen qui se trouvait être finlandais me dit un jour qu’il en avait eu les larmes aux yeux. Que “l’Europe” devait faire quelque chose. Que le massacre à la bétonneuse devait cesser. Voeux pieux. Le commissaire est parti. Le Quartier Léopold débaptisé en Quartier européen bétonne de plus belle et reste une zone morte hors des heures de bureau, les jours fériés, les week-ends et après fermeture des tavernes plaquées irlandaises. De surcroît, cette morne plaine tertiaire continue de s’étendre dans la ville que le premier roi des Belges, comme le deuxième, voulait faire vivre et embellir. Comme d’habitude lors de célébrations nationales, on a reproché à Bruxelles de se tailler la part du lion (aucune ironie communautaire) dans les “manifestations”. Mauvais procès pour une ville au nom d’abstraction européenne qui reste taillable et corvéable à merci. Alors qu’elle bruxellait, au tournant des XIXe et XXe siècles, après 14-18 jusqu’en 1929, et de 1951 – via 1958 – à 1973. Elle bruxellait et excellait. En tout : en industrie, en artisanat, en inventivité, en arts plastiques et en art de vivre, en musique, en architecture (si, si), en littérature, en hospitalité (le thème de 175-25 est le temps des rencontres), en galanterie, en sciences, en éducation, en menus plaisirs bourgeois ou populaires… Et on en passe. Les Lieux de Fête (éditions Mardaga, 1998), les lieux de vie (de mauvaise vie aussi) sont à Bruxelles d’une diversité tourbillonnante selon les époques et les milieux. Aristocratiques, institutionnels et diplomatiques : commencés avec l’avènement du premier roi des Belges, les très prestigieux bals de Cour vont s’arrêter en 1935 à la mort de la reine Astrid. Curieusement, un ultime bal de Cour sera dédié à l’Expo universelle, le 19 avril 1958. Aristocratiques et bourgeois : les salons et salles de réception des hôtels de maître du Quartier Léopold bruissent de rires, de chuchotements, de valses et de… fox-trot. La Seconde Guerre mondiale mettra fin à ces fêtes dont il ne reste plus qu’un décor : le Concert Noble, rue d’Arlon. Populaires : la rue et les estaminets. Mais aussi le Meyboom, l’Ommegang, la Foire du Midi, les Joyeuses Entrées et les feux du 21 juillet, les kermesses locales et les processions. Même désuets, ces signes- là de vie citadine se perpétuent. Passons sur les clubs de jazz (et les cinémas) disparus dans les années 1950-1960. Tout ceci pour s’interroger sur le schéma comportemental actuel du “auto-boulot-note de frais-auto-dodo”, avec le corollaire d’une cité aux districts obscurs, au mieux ponctués de phares salvateurs. Des oasis, en somme. A travers les siècles, l’Europe dans Bruxelles, en plein dedans ou plutôt carrément dessus, est en train de reconstituer, sur une plus grande surface, ce qu’avait induit la bureaucratisation issue de son statut de capitale belge, puis flamande (voir la place des Martyrs). A savoir une perte d’âme. Certes, il reste les oasis et leurs points d’eau. On y trouve même encore des bières diverses. Certes, on “rapièce” la ville, comme le dit si bien cette sociologue de l’histoire urbaine qu’est Claire Billen. Mais pour l’heure, l’État belge la rapièce pour qu’elle soit présentable, pimpante, glorieuse (?) pour les 50 ans du Traité de Rome (2007) et les 50 ans du statut partagé de capitale européenne (2008). Question : quel chant entonnerait un Bruxellois d’il y a 175 ans sorti exalté de La Monnaie le soir du 25août 1830, en s’y retrouvant virtuellement le 25 août 2005 ? Amour sacré de la patrie ?

Photos : Bénédicte Maindiaux, Christophe Bortels et DR.


PIERRE SAMBRE

PRATIQUE

Le Pass 175-25
C'est un must qui coûte 30€: le Pass 175-25contient 20 chèques-entrée à chacune des 20 expositions les plus prestigieuses présentées au cours de cette année doublement anniversaire. Si la majorité d'entre elles se situent à Bruxelles, le Pass inclut aussi Charleroi, Stavelot et, au Mac's du Grand-Hornu, un accès à l'expo Design en Belgique de 2000 à 2005.
On peut se le procurer: sur le site www.bozar.be; aux entrées des musées et des salles d'exposition concernés; à l'infoshop des autorités fédérales, bd du Régent, 54 à 1000 Bxl (de 9h à 16h en semaine); par téléphone: 070/217525; à la Fnac et dans les principaux bureaux de poste. Pour la première fois, tous les musées belges se mettent au diapason!

Quatre millions de boîtes aux lettres
Nous sommes juste un peu plus de 10 millions de Belges, ce qui correspond à millions de boîtes aux lettres. En mars prochain, celles-ci recevront le programme complet de toutes les festivités 175-25, dont beaucoup sont encore en gestation.

La Mémoire du Congo, Le Temps colonial
Première exposition inaugurant depuis le 4février les célébrations 2005: c'est, au musée de Tervueren, là-bas au bout de la ligne de tram 44, un travail d'histoire et le résultat d'un devoir d'inventaire à propos du Congo et de son colonisateur. Une audace de prise de conscience voire d'exorcisme historique. “La Libre Belgique” y a justement consacré le “Fait du Jour” dans son édition du vendredi 4 février. Colloque international sur “La violence coloniale au Congo” les 12 et 13mai. Mais aussi, dimanche 24 avril, grande journée “Africa” avec musique et fête du type saga Africa. Musée de Tervueren jusqu'au  octobre.
Tél. : 02/7695211
www.congo2005.be et www.africamuseum.be

Belgique visionnaire
L'expo Belgique visionnaire - c'est arrivé près de chez vous ne sera pas aux rendez vous du vernissage officiel du 17 février ni à l'ouverture grand public du 18 février, au Palais des Beaux-Arts. Report au 4 mars. Motif: les problèmes de santé de son commissaire autrichien Harald Szeeman (Documenta de Kassel, Biennale de Venise, Expos de la Suisse et de l'Autriche également visionnaires).
Au programme: Ensor, Magritte, Rops, Delvaux, Khnopff, Broodthaers, Panamarenko mais aussi les pataphysiciens, le paléontologue Robert Garcet, les archives du Mundaneum, la Maison du Peuple et les visions futuristes de Luc Deleu, des écrivains, des cinéastes, des compositeurs, Michaux et ses dessins mescaliniens, Van Geluwe et ses nains de jardin.
Palais des Beaux-Arts, jusqu'au 15 mai. Tél. : 02/5078200. www.bozar.be

Romantisme en Belgique
Une exposition, trois lieux : le musée Antoine Wiertz, les musées royaux des Beaux-Arts, l'Espace culturel ING. A ne rater sous aucun prétexte pour ressentir les élans du coeur de la Belgique naissante (lire ci-contre).
Du 18 mars au 31 juillet. Tél. : 02/508 32 11. www.romantisme.be

Art nouveau
Mais comment à Bruxelles, son autre capitale avec Vienne et Budapest, passer à côté de lui ? L'Art nouveau a stimulé une floraison d'expositions et de manifestations diverses pour 2005. Vous saurez tout en lisant la page 19 de la Tribune de Bruxelles.

Happenings participatifs
-
 25 juin, stade Roi Baudouin.
Grande finale de Sports J (J pour Jeunes dans les trois langues du pays).
- 16 juillet à 22h: la séquence bruxelloise de Belgique Danse (télévisée) a pour cadre la place Poelaert.
- 17 juillet : arrivée à Bruxelles d'une parade moto partie de La Panne.
- 20 juillet : vers 17h, la plus grande Fanfare du monde traverse Bruxelles du Botanique au Palais de justice.
- 20 juillet : 20h, Grand-Place, diffusion sur écran géant du concert d'opéra au Palais des Beaux-Arts réunissant les grandes voix belges.
José Van Damme,Werner Van Mechelen et Isabelle Kabuki.
- 20 juillet en soirée : bal national traditionnel dans les Marolles.
- 21 juillet : après le défilé militaire, Festival Young & Strong. Soit des concerts live de jeunes groupes.
- 21 juillet : grand spectacle place Rogier et au Botanique avec musique et effets visuels. Avec de l’émotion, selon les organisateurs : il ne s'agira pas que d'un podium.
- 17 septembre: grande fête de la moule au Marché aux Poissons.
- Fin novembre à Bruxelles : ce sera la grande fête finale du 175-25.

« Homepage