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Rouge Skaya
Cuisine :
Au Rouge Skaya souffle un vent venu du Don et de la Volga. A l’heure où tombent les flocons, ce plan slave réchauffe le cœur et tape dans le mille.
La nuit tombe alors que l’on a à peine vu le jour. C’est sans regret, puisqu’il s’agit d’une de ces journées maussades où la lumière a la couleur d’un couvercle de poubelle. Comme si cela ne suffisait pas en matière d’adversité, le froid mauvais fait régner la terreur dans les rues de la ville en pinçant le moindre centimètre de chair. Ce n’est pas un soir pour aller au restaurant. On ferait mieux de rester chez soi. On pourrait en profiter pour finir "La Lamentation du prépuce", roman drôle et caustique signé par Shalom Auslander. On pourrait… mais on décide que non. La météo n’aura pas raison de nous. Ce soir, les éléments ne seront pas les plus forts.
Trop bon, camarade
Où peut-on bien aller retrouver le goût de la vie quand on a passé la journée à se prendre le monde sur le coin de la figure ? Une petite voix murmure Rouge Skaya, une adresse slave ouverte depuis quelques mois. Pourquoi pas ? Opportunément niché rue de Moscou, le restaurant pourrait bien être le dépaysement dont on a rudement besoin. En poussant la porte, on se fait d’abord une frayeur. Le lieu est désert. Le sort s’acharnerait-il ? On le croirait volontiers car la dernière fois qu’on avait voulu s’y rendre, Rouge Skaya affichait complet. Prêts à rebrousser chemin, on se fait rattraper par la gentillesse du patron. On reste. Nous serons donc les deux seuls hôtes de ce soir. Contrairement à ce que l’on craignait, cette situation a débouché sur un traitement princier. On se laisse d’abord charmer par le décor de la salle, une vaste pièce au papier peint baroque. La lumière tamisée se révèle un antidote puissant au froid du dehors. Ce qui plaît ensuite, c’est le concept. L’endroit se présente comme un bar à vodkas et à blinis, du nom de ces petites crêpes épaisses russes. Pour 32 euros, on en commande 12 qui arrivent avec une série d’accompagnements : poissons fumés, oignons hâchés, crème épaisse, œufs de lompe… que l’on prend plaisir à assembler au gré des envies. Le tout pour un petit bricolage rigolo et gourmand. Pour accompagner ce grignotage roboratif, la maison propose le Batelier de la Volga, un assortiment de cinq vodkas, idéal pour mesurer les différences que l’on peut trouver entre, par exemple, la Tovaritch produite à Saint-Pétersbourg et la fameuse vodka française Grey Goose. Quelques lampées, et le cœur se réchauffe. Autour de nous, le patron s’agite pour que nous ne manquions de rien. Nous sommes seuls, c’est vrai, mais comme on peut le rêver : seuls au monde. Le feu des joues promet que ce soir encore la vie va l’emporter sur le froid et la mort. Spasiba, tovaritch, pour cette soirée inoubliable !
Ouvert du lundi
au samedi, de 18h à 22h.
Wasabi
Rouge Skaya (****)
Rue de Moscou, 13
1060 Saint-Gilles
02/544 13 01
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