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Dessicy Guy

Dessicy Guy

Les âmes de Cauchie

Guy Dessicy, secondé par son épouse, Léa, a suivi un parcours toujours orienté par la recherche du beau. La maison Cauchie en témoigne superbement.


Cette maison est dans notre parcours un aboutissement. "Ce n’est pas l’effet du hasard, mais d’un rendez-vous”. Des rencontres qui ont parsemé la vie de Guy. Elles ont commencé à l’âge de douze ans. “Mon instituteur m’a mis en contact avec un groupe de poètes et d’écrivains à Woluwe-Saint-Lambert. Parmi eux, se trouvaient Maurice Carême, Géo Norge, Georges Rémi alias Hergé… Il y avait aussi ma future épouse, Léa”. Issu d’une famille profondément athée, il grandit dans un univers très libre, mais peu tourné vers la philosophie. Ce groupe d’adultes est chrétien et aborde des thèmes inconnus du jeune garçon : l’amour, la mort, l’existence… C’est un véritable choc d’ouverture pour lui ! C’est aussi une initiation à l’art avec Hergé dont il devient l’ami et le collaborateur. Il initie Guy au métier de dessinateur de BD. “Je connaissais mes limites et je n’avais pas son talent. Installé chez lui, dans un petit studio au grenier, je réalisais les décors et le coloriage de ses albums. J’avais une relation privilégiée avec lui, mais après 7 ans, j’ai voulu développer ma propre activité.”

Kangourou Walibi

Il rencontre alors Raymond Leblanc à la tête des éditions du Lombard et du journal Tintin. Il lui propose de reprendre une de ses filiales : l’agence de publicité Publiart. “J’en étais à la fois le directeur et le garçon de courses, ce qui a été très instructif. Déposer les lettres en main propre aux patrons des plus grandes firmes m’a permis de les approcher personnellement. Et puis dès le début, j’ai adopté un discours différent de celui des autres agences, souvent teinté d’américanisme. J’ai commencé à sponsoriser des “folies” pour l’époque. J’ai soutenu le Théâtre 140, le Théâtre de l’Esprit Frappeur, tous deux très avant-gardistes. Pendant des années, je me suis occupé de leur image et ils sont devenus les plates-formes promotionnelles où j’invitais mes clients”. Publiart comptait ainsi parmi ceux-ci Côte d’Or, Coca-Cola, le Café Rombouts… La société est la première à utiliser des personnages de BD dans ses campagnes. C’est à elle qu’on doit le slogan “As-tu ton TUC ?” ou encore le kangourou emblématique de Walibi. Pendant 30 ans, Guy dirigera Publiart.
En 1980, Guy et son épouse tombent amoureux d’une maison en face du parc du Cinquantenaire : une des quatre maisons dessinées par l’architecte-décorateur Paul Cauchie. Ce n’est plus qu’une ruine.

Le défi Cauchie

Mais le défi n’effraie pas le couple. Pendant 15 ans, aidés de leurs cinq filles et de professionnels, ils s’investissent avec patience et passion pour rendre à la maison Cauchie son âme d’antan. Et quelle ne fut pas leur surprise de découvrir derrière les vieux papiers peints, d’étonnants sgraffites intérieurs. Après 15 ans, leur travail est enfin récompensé : la maison peut être ouverte au public. Pendant 3 ans, ils imaginent y faire un musée Tintin. Faute de subsides, le projet est transféré aux anciens magasins Waucquez et revu. C’est le Centre belge de la bande dessinée qui y voit le jour. Guy Dessicy en est le cofondateur. D’autres projets envahissent depuis la Maison Cauchie : des expositions temporaires, des concerts… L’âme de la maison est sauvée. “Nous avons toujours été les bénéficiaires de cadeaux dans nos lectures, dans nos rencontres. Nous avons peut-être le mérite d’en avoir été conscients, de les avoir captés et de suivre le fil de la beauté”.

Le témoignage de Guy D.

La maison Cauchie, patiemment rénovée par les
Dessicy est un vrai bijou. A visiter ! (Ph. BM)


Aux alentours de la Maison Cauchie
Seules quatre maisons ont été construites par l’architecte Cauchie, dont la demeure rue des Francs. Quand Guy et Léa veulent la racheter, en 1980, la maison est classée depuis dix ans au grand dam de sa propriétaire, la fille de l’architecte. Celle-ci prévoyait en effet l’édification d’un complexe immobilier à la place de cet exemple d’Art nouveau et de la maison voisine. Elle avait d’ailleurs déjà introduit une demande de destruction. À son classement, la maison est délaissée, elle se détériore rapidement. Grâce à Guy et Léa, la Maison Cauchie retrouve une certaine fraîcheur : la façade est retapée, l’intérieur rénové. D’autres travaux de rénovation surgissent alors dans les alentours. Le quartier s’égaie, mais on n’observe pas de franc changement. La population francophone bruxelloise autour de la place Saint-Pierre s’est certes petit à petit frottée à une forte émigration étrangère, venant des communautés européennes surtout. Mais le quartier est resté assez bourgeois. On observe néanmoins certaines modernisations : la Place Saint-Pierre rajeunit avec la fontaine “Stèles d’eau” réalisée par Charlotte Marchal, sobre et élégante. Les panneaux signalétiques poussent comme des mauvaises herbes. Et des horodateurs mènent la vie dure aux visiteurs de la Maison Cauchie. Mais le quartier a dans l’ensemble gardé ce même cachet qui caractérise les abords du Cinquantenaire.

La Maison Cauchie, 5 rue des Francs 1040 Etterbeek
Ouvert au public le 1er week-end de chaque mois (Sa. et dim.) De 11h à 13h et de 14h à 18h ou sur rendez-vous.
Location sur demande.
Tél. : 02673 15 06 ou 02733 86 84



LAURE D’OULTREMONT

1924 : Naissance de Guy Dessicy.

1932 : Il rencontre Hergé.

1943 : Guy se marie avec Léa et commence à travailler chez Hergé comme coloriste.

1953 : Devient directeur de publicité pour Lombard.

1980 : Achat de la ruine Cauchie qu’il restaure pendant 15 ans en famille.

2007 : Guy et Léa sont occupés à former une petite équipe afin de passer la main de la maison Cauchie.
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