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Dévoreur de style
Le designer Charles Kaisin a le talent et ce petit “je-ne-sais-quoi” qui fait de
lui un être… à part. Sur la planète Design, il évolue avec aisance et cherche
à aller toujours plus loin dans son domaine de prédilection : l’extension.
Il a des yeux d’un bleu glacier étonnant qui regardent plus qu’ils ne voient, la mèche ondulante d’un dandy, l’élégance décontractée du type qui s’est trouvé… Charles Kaisin est designer, jeune, a du talent et pas mal de “créations” connues à son actif. La plus emblématique (elle porte son initiale !) est le K-Bench, ce banc en matière plastique (et nouvellement en journaux recyclés) formé d’alvéoles, qui permet d’accueillir une tripotée de fesses quand il est étendu et qui est tout plat une fois plié. Il vient d’ailleurs de recevoir le prix de l’objet le plus innovant à la foire du design de Montréal. Ça se passe comme ça avec Charles Kaisin : on le dit mondain, on l’imagine un peu hautain, sûr de son fait, virevoltant entre superficialité et travail conséquent, ami de tout le monde… c’est-à-dire de personne. Mais il n’est pas celui-là. C’est un être à part, un personnage qui a un intérêt essentiel pour les autres. Qui a des histoires à raconter, une culture qui l’enrichit et qu’il a envie de partager, une curiosité insatiable, une soif de savoir. Bref, une sorte d’extra-terrestre un peu déconcertant dans un monde fait aujourd’hui de relations plutôt frileuses !
Recyclage idéal Alors on ne s’étonne plus vraiment de sa notoriété, de son “importance” dans le design actuel : quand Charles Kaisin a envie… rien ne résiste. “Après mes études, j’avais vraiment envie de rencontrer des maîtres, d’apprendre à travers leur savoir. J’ai rentré un dossier chez Jean Nouvel. Et j’ai appelé (j’ai compté !) 53 fois un de ses collaborateurs pour savoir ce qu’il en était. Six mois après, j’ai pu travailler dans son atelier”, se souvient le jeune homme. Auparavant, il a étudié au Royal College of Art à Londres. A mi-parcours, Charles Kaisin participe à un concours et, en créant un sac à partir de sacs plastique empilés et chauffés… gagne une bourse pour suivre des cours ailleurs et choisit de s’envoler à Tokyo. Aujourd’hui, ces beaux cabas s’appellent “Pingolingo”. Il a aussi fait de la vaisselle : un saladier en hublot de machine à laver dont il a sablé le verre, des verres en fond de bouteille également sablé… Juste de bonnes idées qui donnent de belles créations ! Il conçoit pour l’instant une collection de plats aux lignes épurées, à la structure mouvante pour Royal Boch La Louvière, manufacture de faïence spécialisée en art de la table. Elle sera diffusée en septembre. Et sur un baffle, sous un livre, il retrouve le prototype (de papier) d’une gourmandise en chocolat qu’il compte développer avec son grand ami Pierre Marcolini. Bref, il travaille, il conçoit, il réfléchit, il va voir, il compare : il est en ébullition du matin au soir. C’est la manière d’être de Charles Kaisin. Fils de paysans “avec un grand P. Ma maman était une maman et mon père travaillait chez Cockerill. J’ai été élevé à la campagne du côté de Charleroi dans un environnement ayant un rapport à la terre et aux choses très vrai”, Charles Kaisin faisait déjà des expériences avec la matière à cinq ans. “Avec de la terre et de l’herbe, je faisais du béton armé. Avec la pâte à tarte, je faisais des formes”. Le jeune garçon commence à s’intéresser à lamusique, à l’art, à l’architecture, à toutes ces choses qui racontent des histoires et en disent tellement sur les gens et le monde: “Un objet, ça parle. Il permet de comprendre ce que le monde est”. Quand il débarque à Bruxelles, il ne connaît personne mais sait ce qu’il doit faire : l’architecture à Saint-Luc. “C’est une merveilleuse formation générale, comme une colonne vertébrale qui structure tout un ensemble de domaines”. Cette boucle va d’ailleurs “se boucler” : en octobre, Charles Kaisin deviendra professeur à Saint-Luc. “J’y animerai un atelier pour les étudiants de 3e, 4e et 5e années”. Il savoure la nouvelle, vraiment heureux. Partager savoir, passion, goût de l’expérimentation l’enchante. Et “aller de l’avant, la vie est trop courte ! C’est justement ce dont nous parlions avec mon ami Pierre hier soir lors d’une conversation passionnante”. Dandy… mais alors rien qu’un peu!
Mon petit Proust
Le principal trait de mon caractère : Il s’intéresse à tout dans la profondeur (Réponse de la rédaction).
La qualité que je préfère chez les hommes: la sagesse
La qualité que je préfère chez les femmes: la compréhension
Mon principal défaut: l’impatience
Ma principale qualité : mon enthousiasme et ma persévérance.
Mon rêve de bonheur: aider les enfants orphelins. Je le fais, avec des amis, dans le cadre d’une association “African kids” que nous avons créée.
Ma devise : “Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous”, Eluard.
Photos : Bénédicte Maindiaux, Christophe Bortels et DR.
E.W.
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● 1972. Naissance le 5 décembre 1972 du petit Charles, près de Charleroi.
● 1996. Diplômé de Saint-Luc à Bruxelles.
● 2000. Passe six mois au Japon (University of Art).
● 2001. Termine un Master au Royal College of Art (Londres).
● 2002. Développe le K-Bench. Crée son atelier. |