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Charlie Degotte

Charlie Degotte

Docteur Charlie et Mister Degotte

Charlie Degotte est de retour avec "Zaventem moi non plus", une comédie romantique loufoque à souhait qu’il a écrit et met en scène à la Toison d’Or. A la demande de Nathalie Uffner, qu’il imagine en patiente "Dame Natte".


Parlez-nous de la naissance de ce drôle de “Zaventem”.
Tout a commencé par drelin drelin drelin, le téléphone de Charlie Degotte sonne. “Bonjour, c’est Nathalie Uffner, tu ne ferais pas un petit spectacle à la Toison d’Or pour le mois de mars ? – Oui, d’accord, tu aimerais bien quoi ? – Moi j’ai envie d’aéroports en ce moment, j’aime bien ça les aéroports. – D’accord. – Et j’aimerais bien qu’il y ait Nicolas Buysse aussi. – D’accord.” Comme tout cela était demandé très gentiment, c’était parti. Je me suis plongé dans “Playtime” de Jacques Tati, un film sublime dont le début se passe dans un aéroport. Comme je suis belge, j’ai pensé nécessairement à Bruxelles-National, plus communément appelé Zaventem, je me suis dit “Zaventem, moi non plus”. Et j’ai continué à me nourrir, à me muscler le sujet. En pensant à Nicolas Buysse, j’ai soudainement eu des envie de comédie romantique. Et j’ai écrit cette pièce en six mois environ.

C’est quoi le pitch, en quelques mots ?
Le pitch de base est on ne peut plus simple : une femme attend son avion depuis 36 ans. Elle n’a pas l’air de s’énerver d’attendre ainsi, surtout qu’il y a le capitaine Sachet et plein d’autres personnages pour égayer ses jours. La nuit ? Elle dort, pas de problème.

L’étrange et l’absurde sont omniprésents...
On les trouve dans chaque réplique, chaque détail. Par exemple : cela se passe dans un aéroport, mais le personnage s’appelle Dame Natte et porte une vaste robe de princesse. Les trois personnages sont habillés en chevaliers de la Toison d’Or, puisque cela se passe à la Toison d’Or, bien sûr ! Les comédiens incarnent pas mal de personnages, si on devait les faire se changer à chaque fois, cela aurait été très lourd et très cher. J’ai pris le parti de transposer ça à un autre niveau. Comme j’ai accès aux très beaux costumes de la Monnaie, pourquoi pas en chevaliers, me suis-je dit. Et Nathalie Uffner en robe de princesse, elle ne l’avait encore jamais fait.

Comment met-on en place tout l’absurde d’une comédie romantique ?
J’ai deux manières de travailler. Parfois, j’ai en tête des situations de départ et on tourne autour avec les comédiens, jusqu’à ce que l’on trouve. Ici, j’ai tout écrit. Comme la mise en scène est simple, alors ! Il ne reste que la direction d’acteurs, trouver le ton, l’accent juste qui convient au moment... Les accents sont très importants puisqu’ils ne sont que trois pour jouer beaucoup de rôles. Depuis la cinquantaine d’heures que nous répétons, nous faisons des filages, c’est-à-dire que nous jouons la pièce de bout en bout, avec le livret à la main. Comme j’ai écrit le texte, j’ai les idées qui vont avec. Par exemple, ça se passe dans un aéroport. C’est donc bruyant. Les textes devaient permettre de jouer avec les bruits.

Les commandes, vous aimez ?
Avec des envies de départ et un théâtre comme le TTO, j’ai pu y aller fort dans le comique et l’absurdité ! Et ça m’a plu d’y aller fort !
Nicolas Buysse : L’univers de Charlie Degotte fonctionne bien avec le théâtre de la Toison d’Or qui est très tourné vers le comique, la détente. Là, il y a une dimension supplémentaire, une mécanique du rire, une façon différente de travailler, aussi pour les acteurs. C’est drôle, mais c’est aussi très poétique.
C.D. : Bah ! Cela fait trente ans que je fais les mêmes bêtises, que je baguenaude en suivant mon chemin absurde. Mais je n’imagine pas pouvoir faire autre chose. Pour que fonctionne cette “mécanique absurde” dont on parle, il faut déjà être dedans et surtout savoir précisément soi-même ce que l’on veut faire. Après, c’est un jeu entre moi et les comédiens qui me posent des questions sur la “grammaire” de l’absurdité employée ! Et comme je travaille toujours très instinctivement, mes réponses dépendent des jours ou de la qualité de mon sommeil la nuit d’avant. Je peux dire ça ou ça, ce sera selon. Mais globalement, comme je suis toujours moi, il y a un fil rouge, rien n’est tout à fait décousu, vous savez...


"Zaventem, moi non plus"
Cette pièce rassemble quatre comédiens : Nathalie Uffner (Dame Natte), Nicolas Buysse (le capitaine Sachet), Antoine Guillaume et Aurélio Mergola. A trois, les comédiens font toute la vie de l’aéroport – un aéroport degottien, s’entend –, avec pas mal de personnages comme des ménestrels,
des hôtesses, une femme d’ouvrage, un trafiquant d’art, un Mexicain enrhumé et un Gille de Binche... Et rien ne serait pareil sans la goutte de radiateur “qui fait dans son petit bol”.

Du 10 mars au 3 avril à 20h30 au Théâtre de la Toison d’Or, galerie de la Toison d’Or, 396 – 1050 Ixelles.
Infos et rés. : 02 510 05 10. www.ttotheatre.be
www.fnac.be


Charlie au théâtre
Théâtre du Parc
On cherche actuellement un successeur à Yves Larec, le directeur du Théâtre du Parc. Charlie Degotte a fait acte de candidature en soumettant... une BD de trois pages où il présente son projet à travers le dialogue de deux trous de souffleurs et un calendrier des événements. On y trouve de grosses productions avec quarante personnes sur scène, trois opérettes, des revues très live et du music-hall. Un programme atypique à découvrir sur www.aucunmerite.com

La Monnaie
La précédente œuvre de Charlie Degotte, “Hélène aux Enfers”, est un pasticcio de trois des plus célèbres opéras bouffes de Jacques Offenbach (1819-1880), avec dans le rôle-titre Dame Felicity Lotte, célèbre soprano. “Je suis parti du principe que les chanteurs ne savaient pas jouer et j’ai mis des phylactères au-dessus d’eux pour les libérer de l’histoire, puisée dans les opéras d’Offenbach. On a bien ri...”
C’est aussi la Monnaie qui prêtera les costumes de chevaliers et de princesse utilisés dans “Zaventem, moi non plus”.


Nicolas Buysse, l’acteur qui jouait avec un sachet sur la tête
Charlie Degotte vous imagine en apitaine Sachet. Qu’avez-vous pensé de tout ça à la première lecture de la pièce ? Ce texte, c’est une vraie bande dessinée en scène. Ca n’est pas du tout conventionnel. Je l’ai lu comme on “voit” une BD. Et quand je la joue, j’ai vraiment l’impression de faire de la BD en réel, avec un fameux second degré, toujours un truc en plus. Il y a plein de poésie là-dedans. C’est un style... degottien, c’est vraiment comme ça qu’on le qualifie le mieux !

L’approche théâtrale de Charlie Degotte, vous vous y faites ?
Cette approche, j’adore ! On ne s’installe pas du tout dans son personnage, on vit le truc jusqu’au bout, toujours en recherche, toujours en mouvement “mental”, en quelque sorte. Donc c’est vivant jusqu’au bout ! On pense à tort que le rire est simple, un bon mot et voilà le travail. Non ! Ici, par exemple, on doit vraiment entrer en résonance avec ce monde absurde où les tours parlent au capitaine, qui s’appelle le capitaine Sachet parce qu’il a un sachet sur la tête et qui fabrique chaque matin son petit comptoir et parle avec une femme qui veut aller à Bruges en avion parce que les napperons en dentelle de Bruges, c’est joli, mais qui veut bien prendre le direct pour aller à Blankenberge quand même. Parce que bon, ça fait 36 ans qu’elle attend de monter dans un avion... Vous voyez le genre (rires). Si on n’y croit pas, qu’on n’est pas profondément de ce monde-là, alors ça ne peut pas marcher. Et en même temps, on se sent tellement libre dans ce travail-là... Voilà ce qu’on fait jusqu’à présent : on joue, et soudain Charlie rit !

(Ph. B. Maindiaux)


E.W.

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